AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 II : La Révélation

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: II : La Révélation   Lun 27 Juin - 15:46

Minuit était passée, Necronomicon attendait dans la salle silencieuse en faisant les cent pas. Déjà une heure qu'il était là et le vieux moine ne se montrait toujours pas.

Exaspéré, il se laissa tombé dans un fauteuil en maugréant. Il se mit à réfléchir sur ce que le moine lui avait dit et sur ce qu'il avait lu dans le livre du Diamant.

La première chose à apprendre était à se concentrer sur sa respiration. Mais depuis des siècles et des siècles il était un vampire. Il n'avait plus respiré depuis le moment de sa mort et de sa transformation. Ses poumons n'étaient plus que tissus racornis et desséchés.

Il se concentra et tenta d'inspirer. Une horrible brûlure se déversa dans sa gorge et lui transperça la poitrine. Il cracha et toussota, maudissant le vieillard et ses idées stupides.

Cinq minutes passèrent, toujours pas de vieux moine en vue. S'encourageant mentalement, il refit une nouvelle tentative. La brûlure fut moins douloureuse, mais il avait l'impression que sa poitrine était transpercée de mille poignards. Il refit encore une tentative et cette fois entendit distinctement l'air entrer et ressortir de son corps lorsqu'il expira.

Il s'amusa ainsi encore quelques minutes à observer sa respiration, jusqu'à ce qu'un léger toussotement lui fit tourner la tête dans la direction de ce bruit.

Le vieux moine était là, à nouveau assis en face de lui, souriant.


Fort bien vampire, je vois que vous commencez déjà à appliquer certains de mes enseignements. Mais avant d'aller plus loin, discutons encore de ceux-ci et de ce qu'il y a lieu de faire.

Le moine s'installa un peu plus confortablement et commença alors son enseignement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Lun 27 Juin - 16:23

Parmi le grand nombre de techniques de méditation qui se sont développées, j’en ai choisi quelques-unes pour former ce que l’on peut appeler, peut-être un peu ambitieusement, un système : un système organique et vivant, non pas un système mort, mécanique, ou artificiellement créé. Ces méthodes de méditation les plus importantes et les plus connues sont l’attention sur la respiration, le développement de la bienveillance universelle, la pratique de l’assise simple, la pratique de visualisation, la remémoration des six éléments, et la remémoration de la chaîne de la Coproduction Conditionnée.

Il y a aussi le groupe des cinq méthodes de base de méditation. Dans ce groupe, chacune de ces cinq méthodes de méditation est l’antidote d’un poison mental particulier. La méditation sur l’impureté, la "méditation du cadavre", est l’antidote de l’avidité. Le développement de la bienveillance universelle est l’antidote de la haine. L’attention, que ce soit sur la respiration ou sur toute autre fonction physique ou mentale, est l’antidote du doute ou de la distraction de l’esprit. La remémoration de la chaîne de la Coproduction Conditionnée est l’antidote de l’ignorance. La remémoration des six éléments est l’antidote de l’orgueil. Si vous vous débarrassez de ces "Cinq Poisons Mentaux", vous avez déjà fait beaucoup de progrès ; vous êtes, en fait, bien proche de l’Éveil.

Il y a donc cinq exercices fondamentaux de méditation, chacun d’entre-eux étant un antidote de l’un ou de l’autre des "Cinq Poisons" : distraction, colère, avidité, orgueil et ignorance.

La distraction.

Dit-il d'une voix plus forte

Tout d’abord, le Poison de la distraction, ou la tendance de l’esprit à sauter de ceci à cela. On parle de gens ayant un "esprit de sauterelle", par quoi l’on veut dire qu’ils sont incapables de s’arrêter sur quelque chose même un seul instant. C’est une question d’être distrait de la distraction par la distraction. Ceci résume tout à fait la vie moderne ; c’est un processus constant — chaque jour, chaque semaine — d’être "distrait de la distraction par la distraction". L’antidote de ceci, au moins en tant qu’état d’esprit, est l’Attention sur la Respiration. Une concentration focalisée sur le processus de respiration est l’antidote de toutes nos distractions. C’est la première introduction à la méditation.

Il y a diverses raisons pour lesquelles nous commençons par cette méditation. C’est une méthode "psychologique", dans le sens où le débutant peut la considérer d’un point de vue psychologique ; on n’a pas besoin de connaître aucun enseignement pour la pratiquer.

C’est une pratique très importante, dans la mesure où c’est le point de départ du développement de l’attention en général — l’attention portée sur toutes les activités de la vie. Nous commençons par prendre conscience de notre respiration, mais ce n’est que le commencement. Nous devons essayer d’étendre cela jusqu’à ce que nous soyons conscients de tous les mouvements de notre corps, et de tout ce que nous faisons, exactement. Nous devons prendre conscience du monde qui nous entoure, et des autres gens. De façon ultime, nous devons prendre conscience de la Réalité elle-même. Mais nous commençons par l’attention sur la respiration.

Le développement de l’attention est aussi important parce que c’est la clé de l’intégration psychique. Ceci est la véritable raison pour laquelle c’est en général l’attention sur la respiration qui est la première pratique enseignée. Quand nous commençons, nous n’avons pas de réelle individualité. En général, nous ne sommes qu’un paquet de désirs en conflit, voire un paquet de soi en conflit, maintenus ensemble de façon lâche par le fil d’un nom et d’une adresse. Ces désirs et ces soi sont à la fois conscients et inconscients. Même la prise de conscience limitée que nous pratiquons lorsque nous pratiquons l’attention sur la respiration aide à les lier ensemble ; elle aide au moins à resserrer un petit peu le fil, afin qu’ils ne soient pas trop lâches ; elle fait de ces désirs et de ces soi différents un paquet plus reconnaissable et plus identifiable.

Si nous la menons un peu plus loin, la pratique de l’attention nous aide à créer une unité et une harmonie réelles entre les différents aspects — ce qu’ils sont maintenant devenus — de nous-même. En d’autres termes, c’est par l’attention que nous commençons à créer une véritable individualité. L’individualité, par essence, est intégrée. A moins que nous ne devenions intégrés, à moins que nous ne soyons de véritables individus, il n’y a pas de véritable progrès. Il n’y a pas de véritable progrès car il n’y a pas d’engagement, et vous ne pouvez pas vous engager s’il n’y a pas une seule individualité à engager. Seule une personne intégrée peut s’engager, car toutes ses énergies coulent dans la même direction ; une énergie, un intérêt, un désir, n’est pas en conflit avec un autre. L’attention, la prise de conscience, à tant de niveaux différents, est donc d’importance cruciale — c’est la clé de l’ensemble.

Mais il y a un danger. Il y a en fait des dangers à chaque pas, mais ici, à ce pas, il y a un danger particulièrement grand. Le danger est qu’au cours de notre pratique de l’attention nous développions ce que nous appelons "l’attention aliénée", qui n’est pas une véritable attention.

L’attention aliénée apparaît quand nous sommes conscients de nous-mêmes sans réellement faire l’expérience de nous-mêmes. Tout en pratiquant l’attention, la prise de conscience, il est donc très important que nous entrions en contact avec nos émotions, quelles qu’elles soient. Idéalement, nous entrerons en contact avec nos émotions positives — si nous en avons ou pouvons en développer. Pour l’instant, il nous faudra peut-être entrer en contact avec nos émotions négatives. Il vaut mieux établir un contact réel et vivant avec nos émotions négatives, ce qui veut dire reconnaître leur existence et en faire l’expérience, mais ne pas s’y complaire, que rester dans cet état aliéné et ne pas du tout faire l’expérience de nos émotions.

La colère.

Le deuxième des Cinq Poisons est la colère. L’antidote de la colère est aussi assez simple. C’est le développement de la bienveillance universelle, la belle pratique que tant d’entre-nous trouvons extrêmement difficile. Et beaucoup de gens savent de leur propre expérience que, de temps en temps au moins, cette émotion négative particulière de colère peut être dissipée à l’aide de cette pratique de méditation — le développement délibéré et conscient de l’amour et de la bonne volonté envers tous les êtres vivants. Ainsi, on fait disparaître le Poison de la colère par le développement de la bienveillance universelle.

Non pas seulement la bienveillance elle-même, mais aussi les autres, c’est-à-dire, respectivement, la compassion, la joie sympathisante et l’équanimité. Toutes sont basées sur la bienveillance, l’amitié dans un sens profond et positif et l’émotion positive fondamentale. Je dirais que le développement des émotions positives, le développement de l’amitié, de la joie, de la paix, de la sérénité, etc., est absolument crucial pour notre développement en tant qu’individus. Ce sont, après tout, nos émotions qui nous font avancer ; ce ne sont pas des idées abstraites qui le font. Ce sont nos émotions positives qui nous maintiennent sur le chemin spirituel, nous donnant de l’inspiration, de l’enthousiasme, etc., jusqu’à ce que nous puissions développer la Vision Parfaite et être motivé par elle.

A moins que nous n’ayons des émotions positives, il n’y aura pas de vraie vie. L’émotion positive, dans un sens très ordinaire, est le sang vital. S’il n’y a pas d’émotion positive, il n’y a pas du tout de vie. Le développement d’émotions positives en chacun de nous, et en nous tous en relation avec les autres, est donc absolument crucial. Le développement de la bienveillance universelle, en tant que pratique de développement de l’émotion positive de base est donc absolument crucial.

L'avidité.

Troisièmement, nous arrivons à l’avidité. En un sens, c’est le poison par excellence. Ce n’est pas seulement le "désir", mais ce que nous pouvons décrire comme le "désir névrotique". Prenons, par exemple, le cas de la nourriture — de la nourriture ordinaire. Nous avons tous un désir de nourriture, et nous aimons en manger — c’est tout à fait normal et sain. Mais le désir de nourriture devient névrotique quand nous essayons d’utiliser la nourriture comme un substitut pour satisfaire un autre besoin, mental ou émotionnel. De nombreuses personnes, lorsqu’elles sont en face d’un problème émotionnel, ressentent un besoin incontrôlable de manger des douceurs. C’est un désir névrotique. En d’autres termes, c’est de l’avidité.

Comme nous pouvons le voir si facilement, l’avidité est un grand problème, en particulier de nos jours. Il y a toute une énorme industrie orientée vers la seule stimulation de notre avidité. C’est, bien sûr, l’industrie — ou tout ce que vous voudrez la nommer — de la publicité. Elle a pour objet de nous persuader, avec ou sans notre connaissance, que nous "devons" avoir ceci ou cela. En fait, nous pouvons dire que la publicité est une des professions les plus à l’encontre de l’éthique qui soient.

L’avidité peut être éradiquée à l’aide de diverses pratiques. Vous pouvez voir combien le problème est important par le nombre des antidotes. Certaines d’entre-elles sont vraiment drastiques. C’est le cas, par exemple, de la contemplation des dix étapes de décomposition d’un cadavre. C’est toujours une pratique assez en vogue dans certaines galaxies. On dit que c’est un antidote particulièrement efficace de l’avidité sexuelle, en d’autres termes du désir sexuel névrotique.

Si l’on ne peut faire cette pratique jusqu’au bout, il en existe une version plus douce : la méditation sur un lieu de crémation. Dans certains lieux, comme vous le savez sans doute, la crémation est utilisée plutôt que l’enterrement, et un endroit particulier, appelé le lieu de crémation, est réservé à cela, souvent sur les bords d’une rivière. On nous conseille d’y aller la nuit, seul, de s’y asseoir et de méditer. Je peux vous assurer que ces lieux de crémation ne sont pas toujours de très jolis endroits, au moins le jour. Il y a des fragments d’os et de vêtements calcinés qui traînent et, généralement, l’odeur fétide de chair humaine brûlée flotte dans l’air. Mais ce peut être une pratique très bénéfique et intéressante, et, je dirais même, vivifiante.

J’en ai moi-même fait l’expérience il y a nombreuses années, sur les bords du Kaz, non loin de Septotis, cité située sur la planète Gasteys II. Il y avait là une belle étendue de sable argenté qui était utilisée comme lieu de crémation, et c’était la nuit de la pleine lune. Tout avait une touche argentée, et l’on pouvait tout juste discerner les petits monticules, ici et là sur le sable, où des crémations avaient eu lieu. L’endroit était parsemé de petits morceaux d’os et de parties de crânes. C’était très calme et paisible, et on se sentait vraiment très loin du monde. Il n’y avait rien de déprimant du tout dans cette expérience ; on peut seulement dire que c’était vivifiant. Comme je l’ai dit, on se sentait loin de tout, presque comme si sa propre crémation avait déjà eu lieu. L’association de la mort avec la renonciation et l’éradication de toutes les avidités mondaines représente le même genre d’idée.

Si même une visite occasionnelle au cimetière est trop difficile et que l’on veut une version encore plus douce du même genre de pratique, on peut simplement méditer sur la mort : la mort est inévitable, elle vient en son temps pour chacun, et personne ne peut y échapper. Puisqu’elle doit venir, pourquoi ne pas faire le meilleur usage possible de sa propre vie ? Pourquoi vouer sa vie à des buts qui n’en valent pas la peine ? Pourquoi se complaire dans des désirs misérables qui, à long terme, n’apportent ni satisfaction ni bonheur ? De cette manière, on médite sur l’idée de la mort. C’est un antidote de l’avidité en général, que ce soit pour des possessions, le succès ou le plaisir.

On peut aussi méditer sur l’impermanence : tout est impermanent, rien ne dure, que ce soit le système solaire ou votre propre respiration ; d’un instant à l’autre tout change. On se remémore le fait que tout va passer, comme des nuages dérivant dans le ciel. Cette méditation a le même effet général que les autres pratiques que j’ai mentionnées. On ne peut pas s’attacher avec détermination à des choses quand on sait que tôt ou tard il faudra y renoncer.

Il y a une autre sorte de pratique. Elle consiste en ce qui est connu sous le nom de contemplation de la nature répugnante de la nourriture. Je ne vais pas non plus rentrer dans les détails de cette pratique, car ils sont assez peu plaisants et ont été conçus ainsi de manière très délibérée. Mais cette pratique est très bonne pour les jeunes demoiselles qui, de façon névrotique, s’adonnent aux douceurs.

Parmi les diverses antidotes de l’avidité on doit choisir l’exercice adapté à ses besoins. Si vous sentez que l’avidité est vraiment forte et vous tient réellement entre ses griffes, alors n’hésitez pas : serrez les dents, allez au lieu de crémation et, si vous pouvez trouver un cadavre ou quelque chose qui rappelle la mort, même si ce n’est qu’un os ou deux, installez-vous dans l’idée de la mort. Certaines personnes se familiarisent avec cette idée en gardant des crânes et des os autour d’eux.

Après tout, qu’y a-t-il dont nous puissions avoir peur ? Il faut avoir une vue toute naturelle et pleine de bon sens de la mort. Il n’y a pas là quoi que ce soit de morbide ou de macabre. Beaucoup de gens ont grandi dans une tradition dans laquelle le mot "mort" fait descendre un frisson dans le dos. Mais ce n’est pas la bonne façon de considérer la mort. La mort est quelque chose d’aussi naturelle que la vie. Je cite souvent, en liaison avec ceci, cette belle phrase d’un grand poète disparu : "Je sais que j’aimerai la mort car j’ai aimé la vie." Il voit la vie et la mort comme deux facettes de la même chose, de telle sorte que si vous aimez la vie vous aimerez la mort. C’est paradoxal mais vrai.


Dernière édition par le Lun 27 Juin - 16:51, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Lun 27 Juin - 16:25

L'orgueil.

Le quatrième des Poisons est l’orgueil. Le terme original est parfois traduit par "fierté", mais je pense que "orgueil" convient mieux. Nous savons tous quelque chose de l’orgueil, par notre propre expérience, et je n’ai pas besoin d’en dire grand chose. L’orgueil peut être décrit comme sa propre expérience de soi en tant que séparé, non seulement séparé mais isolé, non seulement isolé mais supérieur.

L’antidote de ce Poison est la méditation sur les Six Éléments. Les six éléments sont la terre, l’eau, le feu, l’air, l’éther ou espace et la conscience.

Comment fait-on cette méditation ? Tout d’abord, on médite sur la terre. On réfléchit : "Dans mon corps physique, il y a l’élément solide, la terre, sous forme de chair, d’os, etc. Et d’où est-ce que cela vient ? Cela vient de l’élément terre de l’univers, de la matière solide de l’univers. Quand je mourrai, que va-t-il se passer ? Ma chair, mes os, etc., vont se désintégrer et retourner à l’élément terre de l’univers : les cendres redeviendront cendres, la poussière redeviendra poussière !" On pense et on réfléchit ainsi — quoique ce ne soient que les grandes lignes de la méditation, qui est beaucoup plus élaborée.

Puis on prend l’élément eau de son corps physique, pensant : "En moi il y a du sang, de la sueur, des larmes, etc. C’est l’élément eau. D’où vient cet élément eau, en moi ? Ce n’est pas la mienne, elle ne m’appartient pas réellement. Elle vient de l’eau qui m’entoure : de la pluie, des mers, des fleuves. Un jour, je devrai la rendre. Un jour, l’élément liquide, en moi, coulera à nouveau dans l’élément liquide de l’univers."

Puis on médite sur l’élément feu, encore plus subtil. On réfléchit : "En moi il y a de la chaleur. D’où vient-elle ? Quelle est la grande source de chaleur du système solaire ? C’est le soleil. Sans le soleil le système solaire serait complètement froid et sombre. La chaleur en moi vient donc de cette source. Et quand je mourrai, que se passera-t-il ? La chaleur se retirera de mes membres jusqu’à ce qu’à la fin il n’y ait plus qu’un petit point chaud au sommet de ma tête. Quand cela disparaîtra je serai mort. L’élément chaleur, en moi, sera retourné au réservoir de chaleur et de lumière de tout l’univers." C’est ainsi que l’on médite sur l’élément feu, réfléchissant sur le fait que cela aussi a été emprunté un temps et doit être rendu.

Puis on pense à l’air. "Quel est, en moi, l’élément air ? C’est l’air dans mes poumons. Je le prends et le rends à chaque instant. Il ne m’appartient pas réellement. Aucun des éléments ne m’appartient, mais en ce qui concerne la respiration, je ne l’ai que quelques instants à la fois. Un jour, j’inspirerai et expirerai, j’inspirerai et expirerai… et puis je n’inspirerai plus. J’aurai finalement rendu ma respiration. Je serai mort. Ma respiration ne m’appartiendra plus, alors, et elle ne m’appartient donc pas, même maintenant."

Puis on médite sur l’éther, ou l’espace. On réfléchit : "Mon corps physique occupe un certain espace. Mais quand ce corps se désintégrera, que deviendra cet espace limité qu’il occupait auparavant ? Cet espace se mélangera avec l’espace infini, autour de moi ; en d’autres termes, il disparaîtra."

Ensuite, qu’en est-il de la conscience ? Vous réfléchissez : "A présent, ma conscience est associée avec le corps physique, et avec l’espace occupé par ce corps. Quand ce corps cessera d’exister, et que l’espace qu’il occupait auparavant se mélangera avec l’espace infini, que deviendra cette conscience limitée ? Elle deviendra illimitée. Elle deviendra libre. Quand je mourrai physiquement je ferai l’expérience, juste un instant, de cette conscience illimitée. Quand je mourrai spirituellement, ma conscience transcendera enfin toutes les limitations qui soient, et je ferai l’expérience d’une liberté complète." De cette manière, on médite sur la conscience.

Ceci n’est qu’un résumé, mais il peut vous donner une idée de la façon de méditer sur les six éléments : la terre, l’eau, le feu, l’air, l’éther et la conscience. En méditant ainsi, on applique l’antidote du Poison de l’orgueil. On se dissocie progressivement du corps matériel fait d’éléments bruts, de l’espace occupé par ce corps, et de la conscience limitée associée avec ce corps et avec cet espace. Ainsi, on devient complètement libre : on devient Éveillé.

L'ignorance.

Le cinquième Poison est celui de l’ignorance. Ici, cela veut dire ignorance spirituelle, ou absence de prise de conscience de la Réalité — en un sens, la souillure de base. L’antidote de cela est la méditation sur les chaînes ou "maillons" de la Coproduction Conditionnée. Il y en a vingt-quatre, douze mondains, relatifs à l’ordre d’existence cyclique, et douze spirituels, relatifs à l’ordre d’existence spiral. Les douze premiers représentent la Roue de la Vie, les douze autres représentent les étapes du chemin. Un ensemble correspond à l’esprit réactif, l’autre à l’esprit créatif.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 28 Juin - 11:55

A présent, revenons à la prise de conscience, la première étape de la méditation et plus particulièrement sur la différence entre la prise de conscience aliénée et la prise de conscience intégrée.

Qu’est-ce que la prise de conscience aliénée ? De quoi est-elle aliénée ? Qu’est-ce que la prise de conscience intégrée ? Avec quoi est-elle intégrée ? Si nous pouvons répondre à ces questions, la nature de la distinction entre prise de conscience aliénée et prise de conscience intégrée sera claire.

Brièvement, nous pouvons dire que la prise de conscience aliénée est une prise de conscience de nous-mêmes dans laquelle nous ne faisons pas vraiment l’expérience de nous-mêmes, dans laquelle, en particulier, nous ne faisons pas l’expérience de nos sensations et de nos émotions. Dans sa forme extrême la prise de conscience aliénée est une prise de conscience de notre propre non-expérience de nous-mêmes, voire une prise de conscience du fait que l’on n’est « pas là », aussi paradoxal cela puisse-t-il sembler. Évidemment, c’est un état dans lequel il est très dangereux d’être. La prise de conscience aliénée peut être accompagnée de divers symptômes physiques, tout spécialement de sévères, voire d’extrêmes maux de tête. Ceci a plus de chances de se produire si l’on augmente délibérément sa prise de conscience aliénée sous l’impression erronée que l’on pratique ainsi l’attention. Je ne dis pas, bien sûr, que tous les maux de tête rencontrés au cours de la méditation sont dus à une prise de conscience aliénée.

La prise de conscience intégrée, elle, est une prise de conscience de nous-mêmes, avec laquelle, simultanément, nous faisons l’expérience de nous-mêmes. Notre expérience de nous-mêmes peut être soit positive soit négative ; nous pouvons être dans un état d’esprit positif ou négatif. Mais si nous sommes dans un état négatif, la négativité finira par être résolue par le fait que tout en nous laissant faire l’expérience de cette négativité, nous sommes conscients de cela.

La prise de conscience aliénée est donc la prise de conscience qui est aliénée de l’expérience de soi, particulièrement de l’expérience des émotions ; la prise de conscience intégrée est la prise de conscience qui est intégrée avec l’expérience de soi, particulièrement avec l’expérience des émotions. D’après ceci, la nature de la distinction entre prise de conscience aliénée et prise de conscience intégrée devrait être claire, au moins d’un point de vue conceptuel.

Peut-être, cependant, vous est-il toujours difficile de reconnaître la distinction d’une manière qui soit en accord avec notre expérience réelle. Abordons donc le sujet d’une façon quelque peu différente, en y pensant en termes de trois niveaux, ou de trois degrés. Le premier niveau est le niveau de l’expérience sans la prise de conscience. C’est là que nous sommes la plupart du temps. Nous nous sentons heureux ou tristes, nous faisons l’expérience de la peine ou de la joie, de l’amour ou de la haine, mais nous ne savons pas réellement, nous ne prenons pas réellement conscience du fait que nous faisons l’expérience de ces choses. Il n’y a pas de prise de conscience, il n’y a que simple sensation ou sentiment. Nous sommes perdus dans l’expérience. Nous « nous oublions » comme, par exemple, quand nous nous mettons très fort en colère. Après que nous avons été en colère, quand nous nous remettons et considérons les dégâts, nous disons : « Je ne savais pas ce que je faisais. Je n’étais pas moi-même. Je me suis oublié. » En d’autres termes, tant que nous nous sommes identifiés avec cette émotion, tant, même, que nous avons été « possédés » par elle, il n’y avait pas de prise de conscience. A ce premier niveau il y a l’expérience — on n’en manque pas — mais il n’y a pas de prise de conscience aux côtés de l’expérience.

Le second niveau est celui de la prise de conscience sans l’expérience. C’est la prise de conscience aliénée. Nous prenons, si l’on peut dire, du recul par rapport à notre expérience. C’est comme ci ce n’était pas notre expérience — cela se passe « là-bas ». Nous ne faisons donc pas réellement l’expérience. Nous ne ressentons pas réellement nos sentiments : nous aimons mais nous n’aimons pas réellement, nous haïssons mais nous ne haïssons pas réellement. Nous nous mettons de côté et regardons notre expérience avec cette prise de conscience aliénée.

Le troisième niveau est celui de l’expérience et de la prise de conscience. C’est la prise de conscience intégrée. Ici, en vertu du fait que nous expérimentons maintenant la prise de conscience intégrée, l’expérience émotionnelle tend à être positive plutôt que négative. Ici, nous avons l’expérience mais aussi, saturant l’expérience, identique même avec l’expérience, nous avons la prise de conscience. La prise de conscience et l’expérience se sont rejointes. Nous pourrions dire que la prise de conscience donne de la clarté à l’expérience, tandis que l’expérience donne de la substance à la prise de conscience. Il y a fusion de la prise de conscience et de l’expérience, sans qu’il soit réellement possible de tracer entre les deux une ligne séparant d’un côté l’expérience et de l’autre la prise de conscience. Vous êtes complètement immergé dans l’émotion, dans le sens d’en faire réellement l’expérience, mais en même temps, avec elle, sans qu’elle en soit différente, il y a prise de conscience. C’est un état beaucoup plus élevé, un état dont il est difficile de se faire une idée si l’on n’en a pas soi-même fait l’expérience. Ce n’est pas tant une prise de conscience de l’expérience qu’une prise de conscience avec l’expérience. C’est une prise de conscience dans l’expérience, voire une prise de conscience au milieu de l’expérience.

Ces trois niveaux sont donc : (1) l’expérience sans la prise de conscience, qui est notre état habituel ; (2) la prise de conscience sans l’expérience, ou relativement sans expérience, qui est notre état quand parfois nous nous mettons sur le chemin spirituel et que nous nous en écartons un peu ; et (3) la prise de conscience avec l’expérience, l’expérience avec la prise de conscience, toutes deux parfaitement unies.

Comment la prise de conscience aliénée apparaît-elle ? Comment en venons-nous à ne pas faire l’expérience de nous-même ? Nous pouvons dire que dans une certaine mesure cela est dû à la nature de l’époque dans laquelle nous vivons. On nous dit souvent que nous vivons une époque de transition. C’est très vrai. Parfois nous ne réalisons pas combien abrupte, combien violente même est la transition — quoique aussi potentiellement précieuse. Nombre des anciennes valeurs s’effondrent. Nous ne sommes plus si sûrs de ce qui est bien et de ce qui est mal. Nous ne savons plus comment nous devons vivre, quel rôle adopter dans la vie. Notre sens d’identité est ainsi affaibli, et il en résulte un sentiment très répandu d’anxiété.

Je ne veux pas attacher trop d’importance à ce facteur des temps dans lesquels nous vivons ; je veux regarder de plus près quelques-uns des facteurs plus immédiats qui donnent naissance à la prise de conscience aliénée. Je parlerai des trois niveaux de prise de conscience de soi : la prise de conscience du corps, la prise de conscience des sensations et des émotions, et la prise de conscience des pensées. Nous pouvons parler de la même manière de trois niveaux d’expérience de soi et même de trois niveaux de non-expérience de soi.

Tout d’abord, il y a la non-expérience du corps. Il y a plusieurs raisons à cela. Une des plus importantes est le refus de réellement faire l’expérience des sensations du corps, et particulièrement des sensations liées au sexe. Un tel refus est souvent lié à une mauvaise éducation au début de sa vie. Il y a, par exemple, des gens qui sont élevés avec l’idée, ou avec la vague sensation, qu’on devrait pour quelque raison avoir honte de son corps, ou qu’au moins il n’est pas aussi noble ni aussi respectable que l’esprit. De façon similaire, on a inculqué à certaines personnes l’idée que les sensations sexuelles sont un péché. Quoique, sous de nombreux aspects, nous ayons sans doute dépassé ces préjugés, ces attitudes sont très répandues et font toujours beaucoup de mal.

Deuxièmement, il y a la non-expérience des sensations et des émotions. Cela aussi apparaît de diverses manières. Par exemple, on nous a appris à croire que certaines émotions, en particulier des émotions négatives, sont mauvaises, et qu’il ne faut pas s’y complaire. Peut-être nous a-t-on appris à croire qu’il est mauvais de se mettre en colère. Puisqu’on nous l’a appris ainsi, nous nous sentons coupables si pour quelque raison nous nous mettons en colère. Même lorsque nous sommes en colère, nous essayons parfois de prétendre que nous ne le sommes pas. Nous refusons de reconnaître que nous sommes en colère. En d’autres mots, nous réprimons la sensation : nous refusons d’en faire l’expérience, et elle devient souterraine.

Il se peut aussi que nous fassions l’expérience d’une émotion, mais qu’une personne ayant une position d’autorité nous dise qu’en fait nous ne faisons pas l’expérience de cette émotion. Peut-être, petit enfant, nous n’aimons pas notre petite sœur — une situation familiale commune. Notre mère ou notre père dit cependant : « Bien sûr, tu l’aimes. Tu l’aimes parce que c’est ta petite sœur. » Dans cette situation nous ne savons pas où nous sommes : nous faisons l’expérience d’un sentiment mais on nous dit que nous n’en faisons pas l’expérience. On ne nous dit pas seulement que nous ne devrions pas en faire l’expérience, on nous dit que nous n’en faisons pas l’expérience.

Pour prendre un autre exemple, une mère dit au petit garçon qu’il n’a pas peur du noir « car les petits garçons courageux n’ont jamais peur du noir. » Voulant bien sûr être considéré comme un petit garçon courageux, l’enfant essaie de repousser sa peur hors de sa vue — elle devient réprimée. Il cesse de faire consciemment l’expérience de sa peur, mais celle-ci peut, bien entendu, ressurgir dans des rêves ou dans des cauchemars. Pour prendre un autre exemple, le petit garçon dit parfois : « Je veux tuer papa. » Mais la mère dit : « Non, tu ne veux pas. Personne ne voudra jamais tuer papa. » Ou alors le petit garçon ou la petite fille n’aime pas le pain bis, mais la mère dit : « Mais si, bien sûr, tu aimes le pain bis. Tu l’aimes parce que c’est bon pour toi. » Dans chacun de ces cas il y a confusion et répression, et l’enfant devient aliéné de ses propres sentiments.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 28 Juin - 11:55

Les effets de ceci peuvent se poursuivre tout au long de la vie. En fait, ils peuvent non seulement continuer, mais être puissamment renforcés à partir d’autres sources. Quand nous sommes un peu plus âgés, peut-être quand nous sommes adolescents, nous découvrons par exemple que nous n’aimons pas sortir, mais nous nous convainquons que nous aimons le faire, car tout le monde — c’est ce que nous nous disons — aime sortir. A un autre niveau, nous pouvons découvrir que nous ne sommes pas du tout touchés par l’œuvre d’un certain artiste célèbre ; son œuvre nous laisse complètement froids. Mais nous voyons que tous nos amis les plus intelligents sont très touchés par son œuvre. Elle les enthousiasme même énormément. Et, quoique nous puissions même penser en privé que cette œuvre est déplorable, nous nous sentons obligés d’être aussi enthousiastes. Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples ici. Le résultat final est que nous devenons aliénés, à un degré plus ou moins important, de nos propres sentiments et émotions.

Troisièmement, il y a la non-expérience des pensées. Ici, ce n’est pas tant que nous ne réussissions pas à expérimenter nos pensées, mais c’est que nous ne réussissons pas du tout à avoir des pensées. C’est parce que de nos jours tant d’agents — les parents, les professeurs, les divers médias, etc. — nous disent quoi penser. Ce n’est pas seulement une question de nous fournir de l’information, des faits — ceci est une chose bien différente. Ces divers agents transmettent aussi des jugements de valeur ; ils nous disent : « Ceci est bien, cela est mal, ceci est bon, cela est mauvais, etc. » Les journaux, la radio, les holopanneaux nous donnent une information très sélective, très orientée. Ils décident ce que nous devons penser de toutes sortes de choses, mais nous sommes très rarement conscient de leur façon de faire cela, ou même qu’ils sont en train de le faire.

Ayant considéré ces sujets, nous pouvons maintenant commencer à voir dans quelle sorte d’état la plupart d’entre-nous sommes, dans une certaine mesure au moins. Nous sommes aliénés de nous-mêmes : aliénés de notre corps physique, de nos sentiments et de nos émotions, et de nos pensées. Le monde, l’époque, la société, nos parents et nos professeurs nous ont mis dans cet état — nous-mêmes continuant ce bon travail. Nous ne nous expérimentons pas. C’est quelque chose que nous devons vraiment reconnaître, accepter, et intégrer. Nous pouvons y penser comme à un iceberg. Seul le haut d’un iceberg sort de la surface des vagues, tandis que la plus grande partie est en dessous. De façon similaire, notre soi est relativement étendu, tout comme l’iceberg continuant sous l’eau, mais la partie de nous-même dont nous faisons l’expérience, dont nous nous laissons faire l’expérience, dont nous avons le droit de faire l’expérience, est, comme le haut de l’iceberg, relativement petite — dans certains cas elle est infinitésimale.

C’est dans cet état d’aliénation que certains d’entre-nous entrent en contact avec la pratique. Nous commençons à apprendre toutes sortes de choses merveilleuses, dont l’attention. Ce qu’on nous enseigne au sujet de l’attention semble suggérer que ce que nous devons faire est rester distants de nous-mêmes, particulièrement de nos émotions négatives, et ne rien expérimenter ; nous n’avons qu’à nous observer, comme si nous observions une autre personne. Bien sûr, nous sommes très impressionnés par cet enseignement car, dans notre état aliéné, nous ne pouvons nous empêcher de penser que c’est juste ce qu’il nous faut. Nous commençons donc à pratiquer l’attention — ou ce que nous pensons être l’attention. Nous prenons du recul par rapport à nos pensées, par rapport à nos sentiments ; nous les repoussons « là-bas » et ne faisons que les regarder. Neuf fois sur dix, le résultat de tout ceci est que nous avons simplement réussi à intensifier notre expérience de prise de conscience aliénée.

Nous apprenons de la pratique d’autres bonnes choses. Nous apprenons que le désir, la colère et la peur sont des états d’esprit défavorables. On nous dit qu’il faut que nous les appelions "états d’esprit défavorables" et non "péchés" car dans la pratique il n’y a pas de péchés, alors que ces états semblent aussi mauvais que des péchés, sinon bien pires. Nous apprenons que nous devons nous débarrasser de ces états d’esprit défavorables. Nous pensons que nous sommes contents d’entendre cela — à ce stade nous ne pouvons pas réellement nous sentir contents. Nous pensons que nous sommes contents car cela veut dire que nous pouvons continuer à fermer le rideau sur toutes ces émotions, prétendant qu’elles ne sont pas réellement là. Ceci aussi augmente notre prise de conscience aliénée.

Plus tard encore, ayant commencé à lire des livres sur la pratique, nous rencontrons la doctrine du non-soi. A ce stade, si nous avons de la chance, un moine souriant nous dit que, selon la pratique il n’y a pas de soi, que le soi est pure illusion. Il nous dit que si seulement nous pouvions voir clairement, nous verrions que le soi n’est tout simplement pas là. Il nous dit que notre grande erreur est de penser que nous avons un soi. Nous aimons aussi assez cet enseignement. Il nous plaît car, suite à la pratique de ce que nous avons appelé l’attention, nous avons commencé à nous sentir assez irréels. Pour nous, dans notre expérience de notre irréalité, il semble que c’est comme si nous avions commencé à réaliser la vérité du non-soi. En d’autres termes, nous commençons à penser que nous avons développé la Vision Intérieure Pénétrante. Comme il ne connaît rien aux erreurs que peuvent faire ceux qui pensent ainsi, le même moine souriant nous encourage peut-être à continuer à penser cela. Le résultat, une fois encore, est que nous sommes de plus en plus aliénés. Le problème, ici, n’est pas que l’enseignement lui-même soit mauvais, mais que nous l’appliquons mal ou, nous pourrions dire, que certains maîtres, n’étant pas au fait de la psychologie, l’appliquent mal. L’enseignement est métaphysiquement vrai : dans un sens métaphysique il n’y a pas de soi individuel. Nous, cependant, ne le prenons pas métaphysiquement. Nous le prenons psychologiquement ; c’est de cette façon que tout le mal est fait.

Ainsi, une étrange pseudo-spiritualité se développe dans certains cercles. Dans l’ensemble, les gens y ont plutôt beaucoup d’attention : ils ferment les portes silencieusement ; si c’est un jour pluvieux ils s’essuient les pieds avant d’entrer dans la maison. Ils ne se mettent pas en colère — ou au moins ils ne le montrent pas. Ils se contrôlent très bien et sont très calmes. Mais tout semble un peu mort : ils ne semblent pas réellement vivants. Ils ont réprimé leur principe de vie et ont développé une prise de conscience froide et aliénée. Ils n’ont pas développé la véritable prise de conscience intégrée, dans laquelle la prise de conscience et le principe vital, la vitalité, sont "fusionnés".

Une autre question se pose maintenant : comment la prise de conscience intégrée peut-elle être développée ? Afin de développer la prise de conscience intégrée nous devons tout d’abord comprendre, au moins théoriquement, ce qui s’est produit ; nous devons comprendre la différence entre prise de conscience aliénée et prise de conscience intégrée. Nous devons revenir sur nos pas et défaire le mal que nous avons fait — ou qui nous a été fait. Nous devons nous laisser faire l’expérience de nous-même. Si jamais nous avons pris la mauvaise route, si la prise de conscience aliénée s’est développée à un certain degré, alors nous devons revenir à la case départ et apprendre à faire l’expérience de nous-mêmes. Nous devons apprendre à faire l’expérience de notre propre corps, apprendre à faire l’expérience de nos sensations et émotions réprimées, apprendre à penser nos propres pensées, à insister pour les penser. Cela ne sera pas facile, en particulier pour ceux qui sont comparativement plus avancés dans la vie, car certains sentiments sont très profondément enfouis et donc très difficiles à retrouver. Nous pouvons même parfois avoir besoin d’une aide professionnelle en la matière. Nous pouvons parfois devoir faire sortir nos sentiments, les exprimer de façon externe. Cela ne veut pas dire que nous devons nous y complaire, mais que, lentement et avec attention, nous commençons à les laisser s’extérioriser : nous nous permettons d’expérimenter nos sentiments, restant conscients d’eux alors que nous en faisons réellement l’expérience. Si nous faisons cela, et d’autres choses de la même nature, nous commencerons à nous expérimenter complètement à nouveau. Nous commencerons à expérimenter la totalité de nous-mêmes, nous-mêmes dans notre totalité : nous ferons l’expérience de ce que l’on dit être bon et de ce que l’on dit être mauvais, de ce que l’on dit être noble et de ce que l’on dit être ignoble, le tout en un ensemble vivant qui est nous-mêmes. Quand nous aurons fait cela, quand de cette manière nous ferons réellement l’expérience de nous-mêmes, pleinement et de façon vivante, alors nous pourrons commencer à pratiquer l’attention, car alors, lorsque nous pratiquerons l’attention, ce sera pour de bon : ce sera la prise de conscience intégrée — ou intégrale.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mer 29 Juin - 15:58

A présent je vais parler de la Conscience du monde de forme et du monde sans forme.

Nous pouvons considérer ces consciences comme comprenant deux choses : des états de conscience supernormaux ou élevés — des états de conscience au-dessus et au-delà de ceux de notre esprit ordinaire et quotidien et état d’éveil — et les diverses pratiques menant à l’expérience de ces états de conscience élevés.

Commençons par les quatre consciences du monde de forme.

Généralement, quatre sont énumérés, mais il y en a parfois cinq. Ceci nous rappelle que nous ne devons pas prendre ces classifications trop littéralement. Les quatre représentent des états successivement plus élevés de développement psychique et spirituel, lequel est en réalité un processus continu, se déroulant sans cesse.

Traditionnellement, il y a deux façons de décrire ces quatre consciences. L’une est en termes d’analyse psychologique — en essayant de comprendre quels facteurs psychologiques sont présents dans chacun de ces états de conscience élevés. L’autre façon est en termes d’images. Nous allons donc décrire ici les quatre consciences en termes d’analyse psychologique, puis en termes d’images.

En termes psychologique, l’expérience de la première conscience est caractérisée par une absence d’émotions négatives telles que le désir, la méchanceté, la paresse et la torpeur, l’agitation et l’anxiété, et le doute — en d’autres mots, les « Cinq Obstacles Mentaux ». A moins que toutes les émotions négatives soient inhibées, supprimées ou suspendues, à moins que l’esprit soit libre non seulement des Cinq Obstacles Mentaux mais aussi de la peur, de la colère, de la jalousie, de l’anxiété, du remords, de la culpabilité, pour un moment au moins, il n’y a pas d’entrée dans les états de conscience élevée. Il est donc très clair que si nous voulons sérieusement pratiquer la méditation, notre première tâche doit être d’apprendre à être capable d’inhiber, au moins temporairement, les manifestations grossières — au moins — de toutes ces émotions négatives.

La conscience, dans le sens de l’expérience d’états superconscients, est une chose naturelle. Idéalement, dès que l’on s’assoit pour méditer, dès que l’on ferme ses yeux, on devrait directement se retrouver dans cet état de conscience. Ce devrait être aussi simple et naturel que cela. Si nous menions une vie véritable, alors cela se produirait. Dans notre pratique, nous devons faire des efforts, lutter et suer, non pas pour méditer, non pas pour atteindre les états de conscience, mais pour ôter les obstacles qui nous empêchent d’atteindre ces états. Si nous pouvions simplement ôter ces obstacles, nous voguerions vers la première conscience.

Du côté positif, la première conscience est caractérisée par une concentration et une unification de toutes nos énergies psychophysiques. Nos énergies sont habituellement éparses, dispersées sur une multitude d’objets ; nos énergies fuient dans diverses directions et sont gaspillées ; nos énergies sont bloquées. Mais quand nous nous lançons dans la pratique de la méditation toutes nos énergies sont rassemblées : les énergies qui étaient bloquées sont débloquées, celles qui étaient gaspillées ne le sont plus. Nos énergies se regroupent — elles sont concentrées, elles sont unifiées, elles coulent ensemble. Ce flot d’énergies rassemblées, cette élévation de l’énergie, est caractéristique de la première conscience. C’est en fait une caractéristique des quatre consciences, à des degrés croissants.

Cette concentration et cette unification des énergies de notre être total sont expérimentées comme quelque chose d’intensément agréable, voire plein de félicité. Ces sensations agréables sont de deux sortes ; il y a un aspect purement mental et un aspect physique. L’aspect physique est souvent décrit comme le ravissement. Il se manifeste de diverses façons. Il peut par exemple se manifester par l’expérience de cheveux se dressant sur la tête. Lorsqu’elles pratiquent la méditation, certaines personnes peuvent se mettre à pleurer abondamment. Ceci aussi est une manifestation de ravissement, au niveau physique ; c’est une manifestation bonne, saine et positive, quoiqu’elle passe après quelque temps.

La première conscience est aussi caractérisée par une certaine quantité d’activité mentale discursive. On peut entrer dans la première conscience en ayant suspendu toutes les émotions négatives, en ayant unifié ses énergies, en ayant aussi fait mentalement et physiquement l’expérience de diverses sensations agréables, mais avec des vestiges d’activité discursive mentale — au moins au sujet de la méditation elle-même —, quoique ces vestiges ne soient pas suffisants pour déranger sa concentration. Après quelque temps il peut sembler que cette activité mentale s’éloigne vers les lisières de son expérience, mais qu’elle est toujours présente.

Dans la seconde conscience, l’activité mentale discursive disparaît. Elle s’éteint avec l’augmentation de la concentration. La seconde conscience est donc un état de non-pensée. Quand on parle en termes de non-pensée, les gens prennent souvent un peu peur. Ils imaginent que quand il n’y a plus de pensées on cesse presque d’exister — on entre peut-être dans une espèce de transe, voire dans une espèce de coma. Il faut insister sur le fait que dans la seconde conscience il n’y a simplement aucune activité mentale discursive ; on est, en même temps, complètement réveillé, complètement conscient. En fait, au contraire, toute notre conscience, tout notre être est élevé : on est plus alerte, plus réveillé, plus conscient que normalement. Même si l’activité mentale discursive s’éteint, même si l’esprit n’est plus actif dans ce sens-là, on expérimente toujours un état clair, pur et lumineux de prise de conscience.

Dans la seconde conscience, nos énergies psychiques deviennent toujours plus concentrées et unifiées, et il en résulte que les sensations agréables de la première conscience, tant mentales que physiques, persistent toujours.

En passant de la première à la seconde conscience, l’activité mentale discursive est éliminée. En passant de la seconde à la troisième conscience, ce sont les sensations physiques agréables qui disparaissent. L’esprit est plein de félicité, mais la conscience se retire de plus en plus du corps, et on ne fait plus dans son corps ou avec son corps l’expérience de ces sensations agréables, voire pleines de félicité. En fait, à ce stade, la conscience du corps peut être vraiment très périphérique. C’est comme si vous étiez conscient de votre corps comme étant très loin, tout à fait à la périphérie de votre expérience, et non en plein centre, comme c’est habituellement le cas. Dans le troisième conscience, les autres facteurs restent comme précédemment, mais ils sont encore plus intenses.

Dans le quatrième conscience, même l’expérience mentale de bonheur disparaît. Ce n’est pas, bien sûr, que l’on devienne mal à l’aise ou malheureux de quelque manière que ce soit, mais plutôt que l’esprit passe au-delà du plaisir et de la douleur. C’est quelque chose qu’il nous est assez difficile à comprendre ; nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’un tel état — qui n’est ni de plaisir ni de douleur — est un état gris et neutre, plutôt moins élevé que le plaisir ou la douleur. Mais ce n’est pas ainsi. Dans le quatrième conscience, l’esprit passe au-delà du plaisir, au-delà de la douleur, au-delà même de la félicité mentale des consciences précédentes, et il entre dans un état d’équanimité. Pour être paradoxal, on pourrait dire que l’état d’équanimité est plus agréable même que l’état agréable lui-même, il n’est cependant pas vrai de dire qu’il est plus douloureux que l’état de douleur. Dans la quatrième conscience, toutes nos énergies sont complètement intégrées, de telle sorte que la quatrième conscience est un état d’harmonie et d’équilibre mentaux et spirituels parfaits.

Ces quatre consciences sont illustrés dans l’enseignement du Bouddha par quatre comparaisons appropriées, et très belles aussi :

« Tout comme un assistant aux bains expert, ou son apprenti, met de la poudre de savon dans un plat, y ajoute de l’eau, les mélange et dissout la poudre de telle sorte que le savon soit plein d’eau, soit saturé d’eau sans qu’il en reste en dehors, de la même manière le pratiquant répand dans son corps, imprègne son corps, emplit son corps du plaisir et de la joie apparaissant de l’isolement, et il n’y a aucune partie de son corps qui n’est pas touchée par le plaisir et la joie apparaissant de la l’isolement. …
« Tout comme un lac avec une source souterraine, où ne se jette de ruisseau ni de l’est, ni de l’ouest, ni du nord ni du sud, et sur lequel les nuages ne versent pas leur pluie, mais où seule sourd la source souterraine fraîche, se répandant, envahissant et emplissant complètement le lac de telle sorte qu’il n’y ait pas la plus petite partie du lac qui ne soit saturée d’eau fraîche, de la même manière le pratiquant … emplit son corps du plaisir et de la joie naissant de la concentration. …
« Tout comme dans un lac où poussent des lotus, certaines fleurs de lotus sont nées dans l’eau, se sont développées dans l’eau, restent sous la surface de l’eau et tirent leur nourriture des profondeurs de l’eau, et leurs racines comme leurs fleurs sont imprégnées d’eau, de la même manière le pratiquant … emplit son corps de plaisir sans joie. …
« Tout comme un homme s’enroule des pieds à la tête dans une robe blanche, de telle sorte qu’il n’y ait pas la plus petite partie de son corps qui ne soit couverte par sa robe blanche, de la même manière le pratiquant est assis, ayant couvert son corps d’un état d’équanimité et de concentration extrêmes. … »


De ces quatre comparaisons, on peut voir qu’il y a une progression certaine lorsque l’on passe d’une conscience à l’autre. Dans la première comparaison il y a l’eau et il y a la poudre de savon ; en d’autres termes il y a dualité. Mais il y a une résolution de cette dualité lorsque l’eau et la poudre sont mélangées. Dans la première conscience il y a une unification complète des énergies de l’esprit conscient à un niveau conscient.

La deuxième comparaison décrit l’écoulement, le passage à travers, et peut-être enfin le déversement, des énergies superconscientes en tant que source d’inspiration, une fois que les énergies ont été unifiées au niveau de l’esprit conscient.

La troisième comparaison, les lotus imprégnés d’eau, décrit les énergies de l’esprit conscient envahies et transformées par les énergies superconscientes.

La quatrième comparaison, l’homme couvert d’une robe blanche, décrit les énergies superconscientes non seulement imprégnant, mais aussi dominant, entourant et enveloppant les énergies de l’esprit conscient. Dans la seconde conscience, les énergies superconscientes, sous la forme de l’eau coulant de la source souterraine, sont contenues dans l’esprit conscient unifié, le lac. Dans la quatrième conscience, c’est l’esprit conscient qui est contenu dans les énergies superconscientes, la robe blanche. La situation a été complètement renversée.

Les Quatre Consciences Sans Forme consistent en l’expérience d’objets de degré toujours croissant de subtilité et de raffinement.

Le premier de ces quatre états de conscience élevée associés avec le monde sans forme est connu sous le nom de Sphère de l’Espace Infini, ou d’Expérience de l’Espace Infini. Ici, notre expérience n’est pourvue d’aucun objet. Souvenons-nous que lorsque l’on atteint la quatrième conscience du monde de la forme, on laisse derrière soi la conscience corporelle. Si l’on s’abstrait des sens au travers desquels sont perçus les objets dans l’espace, on reste avec l’expérience de l’espace infini — l’espace s’étendant infiniment dans toutes les directions, dans tout l’espace, partout. Ce n’est pas qu’une sorte d’expérience visuelle, où l’on regarderait l’espace infini depuis un certain point dans l’espace ; c’est une sensation de liberté et d’expansion, une expérience de tout son être s’étendant infiniment.

La seconde conscience sans forme est connu sous le nom de Sphère de la Conscience Infinie. On l’atteint en « réfléchissant » sur le fait que l’on a fait l’expérience de l’espace infini ; dans cette expérience il y avait une conscience de l’espace infini. Ceci veut dire qu’adjacente à l’infinité de l’espace, il y a une infinité de la conscience : le corrélatif subjectif de cet état objectif ou de cette expérience objective. En s’abstrayant ou en se soustrayant de l’expérience de l’espace, et en se concentrant sur l’expérience de la conscience, sur l’infinité de la conscience, on fait l’expérience de la conscience infinie, s’étendant une fois encore dans toutes les directions, sans partir d’un point particulier — la conscience qui partout est toute-présente.

La troisième conscience sans forme est encore plus raréfié — quoique toujours mondain. Cet état de superconscience est connu sous le nom de Sphère de Nulle Chose, de Sphère de Non-Particularité. Dans cette expérience, on ne peut pas prendre une chose en particulier et la voir distincte de toute autre chose. Avec notre conscience quotidienne ordinaire, nous pouvons prendre une fleur et la voir distincte d’un arbre, ou voir un homme distinct d’une maison, mais dans cet état il n’y a pas d’existence particulière des choses en tant que choses. On ne peut pas identifier ceci comme étant « ceci », et cela comme étant « cela ». Ce n’est pas comme si les choses étaient confuses ou mélangées, mais la possibilité d’en prendre une n’existe pas. Ce n’est pas un état de « rien », mais un état de « nulle chose ».

La quatrième conscience sans forme est la Sphère de ni Perception ni Non-perception. On est passé de l’objet infini au sujet infini, et maintenant on va au-delà des deux. On atteint un état dans lequel on ne peut pas dire — car en un sens il n’y a personne pour le dire — si on perçoit quelque chose ou si l’on ne perçoit rien. On n’est pas complètement au-delà du sujet et de l’objet, mais on ne peut plus penser ou expérimenter en termes de sujet et d’objet.

Mais tout cela semble assez abstrait pour quelqu’un qui ne l’a pas encore expérimenté et il faut une longue pratique pour y parvenir. Je parlerai donc du symbolisme des cinq éléments et de l'énergie de ces cinq éléments, ainsi les choses deviendront plus claires.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Jeu 30 Juin - 10:45

Les cinq éléments sont la terre, l’eau, le feu, l’air et l’espace. Les quatre premiers sont les éléments "matériels", qui ensemble forment l’univers "matériel". Ces quatre éléments sont collectivement connus sous le nom de rupa qui, à son tour, est le premier des "Cinq Agrégats" en lesquels la totalité de l’existence phénoménale conditionnée est divisée.

Les premiers traducteurs de textes anciens traduisaient rupa par "matière", matière en tant qu’opposée à esprit ; mais ceci est en fait tout à fait erroné. Dans le Tantra, il n’y a pas de dualisme esprit / matière. Littéralement, rupa signifie "forme". Cela représente ce que les philosophes appellent le contenu objectif de la situation perceptuelle.

Nous allons voir ce que cela veut dire. Nous faisons une expérience ; une perception a lieu. Par exemple, nous voyons une fleur ou entendons une mélodie. C’est une situation perceptuelle. Nous pouvons y distinguer deux éléments. Premièrement, il y a ce que nous y contribuons. Il y a, par exemple, une sensation de couleur. Nous y contribuons. Ou bien, il y a une sensation de douceur ou de dureté du son — nous y contribuons. Il y a une sensation de plaisir — nous y contribuons aussi. Deuxièmement, il y a dans la situation perceptuelle une chose à laquelle nous-mêmes ne contribuons pas : il y a quelque chose dont il semble que nous faisons l’expérience, quelque chose auquel la situation perceptuelle semble se référer, ou que la situation perceptuelle semble désigner. Cette chose, pour l’instant encore inconnue et non identifiée, est ce que, techniquement, nous appelons le contenu objectif de cette situation perceptuelle. C’est ce contenu objectif que l’on nomme rupa.

Rupa, en tant que contenu objectif de la situation perceptuelle, n’est pas seulement perçu, mais il est perçu comme possédant certaines qualités. Il y a quatre qualités principales, techniquement connues sous le nom de mahabhutas. Rupa est perçu comme quelque chose de solide et de résistant, comme quelque chose de fluide et cohésif, comme ayant une certaine température, et comme léger et mobile. Ces quatre qualités de rupa sont symbolisées dans la pensée, la tradition et l’art par les quatre éléments matériels : la terre, l’eau, le feu et l’air. Ces éléments ne sont pas des "choses", la terre n’est pas une motte de terre, et l’eau n’est pas l’eau du robinet, mais des symboles de ces qualités principales de rupa.

En d’autres termes, tout ce qui est solide et résistant dans une situation perceptuelle donnée est symbolisé par la terre ; tout ce qui dans cette situation est fluide et cohésif est symbolisé par l’eau, tout ce qui dans cette situation a une température est symbolisé par le feu, et tout ce qui possède légèreté et mobilité est symbolisé par l’air.

Mahabhutas veut littéralement dire "grands éléments" ou "éléments primaires". Ils sont appelés ainsi car tous les autres éléments secondaires de rupa dérivent de ces quatre éléments primaires. Mais ceci n’est que la signification la plus évidente du mot ; il a d’autres significations intéressantes. Mahabhuta signifie aussi grande transformation magique, telle que celle qu’accomplit un magicien lorsqu’il vous fait voir une chose comme autre. Cela veut aussi dire grand fantôme, dans le sens d’un esprit hantant et horrible. Un magicien, qui transforme de l’argile en or, vous fait percevoir l’argile en tant qu’or. De la même manière, nous percevons rupa, le contenu objectif de la situation perceptuelle, comme terre, comme eau, comme feu, comme air. Mais ce que rupa est en soi — si tant est que ce soit quelque chose —, nous ne le savons pas et nous n’en faisons pas l’expérience. Nous pourrions dire que nous n’expérimentons pas l’argile — nous ne savons même pas s’il y a là de l’argile ; nous n’expérimentons que l’or.

De façon similaire, nous dit-on, le grand fantôme, qui est ici une yakshini, un terrible esprit femelle, apparaît par une nuit noire sous la forme d’une très belle jeune fille. Vous ne savez pas que c’est un terrible esprit femelle qui pourrait vous avaler le matin suivant ; vous pensez que c’est une belle jeune fille. Vous ne faites l’expérience que de la belle jeune fille, vous ne faites pas l’expérience de la réalité du fantôme qui est derrière. C’est donc la même chose dans ce cas : ce que rupa est en soi, nous ne le savons pas et nous n’en faisons pas l’expérience ; à travers nos cinq sens nous ne faisons l’expérience que de ces quatre grands éléments, de ces quatre grandes qualités.

L’espace, qui dans ce contexte est le cinquième élément, est ce qui contient les quatre autres. En un sens, l’espace est ce qui rend la terre, l’eau, le feu et l’air possibles : c’est la possibilité de leur existence. Nous pourrions aussi dire que l’espace est ce qui soutient, ce qui rend possible l’existence de tout l’univers matériel. En un sens, donc, l’espace est considéré comme étant d’une certaine manière plus réel, plus ultime que les quatre éléments matériels.

Chacun de ces cinq éléments est associé à une couleur particulière et à une forme géométrique particulière. La terre est associée au jaune et au cube, l’eau au blanc et à la sphère ou parfois l’hémisphère, le feu au rouge et au cône ou à la forme pyramidale, l’air au vert pâle et à une sorte d’hémisphère, la partie plate vers le haut ou parfois à une forme de bol, et l’espace au bleu et à la goutte enflammée.

Après cette étude préliminaire, nous pouvons commencer à voir comment le Tantra a incorporé le symbolisme des cinq éléments dans la structure du stûpa. Ce qu’a fait le Tantra est très simple et plutôt drastique. Il a placé les formes géométriques — le cube, la sphère, le cône, la demi-sphère inversée et la goutte enflammée — l’une au-dessus de l’autre, et puis en est venu à considérer le stûpa dans sa totalité comme étant essentiellement fait de ces formes géométriques, comme étant construit à partir d’elles. En d’autres termes, le Tantra en est venu à considérer le stûpa comme un symbole architectural de tout l’univers matériel tel qu’il existe dans l’espace.

Ayant fait cela, le Tantra est allé plus loin. Il a donné au symbolisme des cinq éléments, et au symbolisme du stûpa lui-même, une signification encore plus profondément tantrique. L’ordre dans lequel le Tantra a placé les formes géométriques l’une sur l’autre n’est pas arbitraire. Les symboles sont placés dans l’ordre croissant de subtilité des éléments qu’ils représentent, le plus grossier en bas et le plus subtil en haut. L’eau est plus raffinée et plus subtile que la terre, le feu est plus raffiné et plus subtil que l’eau, l’air est plus raffiné et plus subtil que le feu et, tout en haut, l’espace est le plus raffiné et le plus subtil de tous. Cela suggéra aux sages tantriques que ce qui était vrai du monde matériel était aussi vrai du monde de l’esprit. Dans le monde matériel certains éléments sont plus grossiers, tandis que d’autres sont plus raffinés, plus subtils. C’est exactement la même chose dans le monde mental. L’esprit aussi a ses niveaux — des niveaux plus bas, plus grossiers, et des niveaux plus élevés, plus raffinés, plus subtils. En transposant ce symbolisme du monde matériel au monde mental et spirituel, ces niveaux mentaux et spirituels peuvent aussi être symbolisés par les cinq éléments. De cette manière, pour le Tantra, le stûpa devint un symbole non seulement du monde matériel, mais aussi du monde de l’esprit, du monde des niveaux de conscience successifs, ou plutôt des stades successivement plus élevés de la transformation de l’énergie psychospirituelle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Jeu 30 Juin - 11:13

Examinons un peu ceci, en nous souvenant que nous sommes maintenant dans le monde mental et spirituel, et que les cinq éléments symbolisent maintenant différents stades de transformation de l’énergie psychospirituelle. Nous sommes maintenant dans le monde intérieur, et non dans le monde extérieur.

La terre, dans ce monde, représente l’énergie statique, l’énergie qui est potentielle plutôt que réelle, voire l’énergie qui est entravée, qui est bloquée. Cet état est malheureusement familier à beaucoup de gens. Vous sentez que vous avez de l’énergie quelque part en vous, mais elle est bloquée. L’énergie est coincée comme un feu dans un volcan fermé ; il n’y a pas, pour elle, de porte de sortie ; il n’y a pas de canal au travers duquel et par lequel elle puisse s’exprimer. L’énergie n’est peut-être pas seulement bloquée, mais aussi réprimée. Si les énergies sont repoussées et si on ne leur permet pas de sortir, en fin de compte elles ne peuvent pas sortir.

Tout ce processus global de blocage, d’obstruction, de répression et de suppression dure parfois des années. Puis toute cette énergie commence à se solidifier. Trop souvent, elle se fige en un bloc solide, dur et froid. La personne chez qui l’énergie se fige ainsi se durcit elle-même en un bloc solide, dur et froid. Une telle personne devient de plus en plus pétrifiée, elle répond de moins en moins, communique de moins en moins, s’exprime de moins en moins, elle devient de moins en moins vivante, de plus en plus morte. De temps en temps, pour relâcher l’ennui, il peut y avoir une explosion. Des petits morceaux de rocher — des petits morceaux de substance assez dure — partent en éclats dans toutes les directions. Mais généralement cela ne fait guère de bien. Ensuite, c’est pratiquement comme cela a toujours été.

Même s’ils ne sont pas réellement bloqués, même s’il n’y a pas de réelle répression ni de suppression, la majorité des gens, malheureusement, ne peuvent utiliser qu’une petite fraction de leur énergie potentielle. C’est une chose que la plupart des gens ne réalisent pas. Nous restons dans l’état de terre : notre énergie est une énergie statique, potentielle plutôt que réelle.

L’état d’eau est un état d’énergie légèrement libérée. Contrairement à la terre ou au rocher, l’eau bouge ; elle coule d’un côté à l’autre sur le même plan, ou à peu près. Elle peut couler vers le bas mais, de sa propre énergie, ne peut couler vers le haut. D’une façon assez similaire, dans cet état d’eau, il y a une petite quantité d’énergie qui est libre et qui va ici et là. Elle ne va jamais très loin, mais fait une certaine distance et revient à son point de départ. En d’autres termes, cette énergie, cet état d’eau, se déplace entre des paires d’opposés : elle coule entre l’amour et la haine, entre l’attraction et la répulsion, entre l’espoir et la peur, entre le plaisir et la douleur. A ce niveau, l’énergie est très réactive, dans un espace très limité. Elle est un peu libre, mais seulement à l’intérieur de limites très claires. Elle est comme une chèvre attachée à un pieu. La chèvre peut manger l’herbe jusqu’à un certain point, mais pas au-delà. Quand l’herbe est finie d’un côté, la chèvre doit aller manger de l’autre.

Le feu est l’énergie qui se déplace vers le haut. Dans cet état, l’énergie est libérée en quantités de plus en plus grandes, et du fait de cette libération régulière d’énergie, le niveau de tout l’être et de toute la conscience s’élève de façon constante. On peut faire l’expérience de joie, d’extase, de félicité irrésistibles, etc. Quand le feu brûle ardemment, quand l’énergie s’élance vers le haut, les conflits mentaux se résolvent, les problèmes sont transcendés — ils deviennent comme des volutes de fumée s’étendant dans toutes les directions, ou comme des petites étincelles. C’est aussi un état de créativité continue : à tout instant quelque chose de plus élevé est produit. L’état de feu est un état d’expérience spirituelle toujours plus élevée. C’est l’état du véritable artiste ou du mystique, non pas dans leur vie ordinaire, mais lors de certains pics, lorsqu’ils créent, lorsqu’ils s’étendent vers ce qui est au-delà, lorsque la flamme perce dans le ciel.

Alors que le feu représente l’énergie libérée vers le haut, l’air représente l’énergie libérée dans toutes les directions. L’air est l’énergie qui irradie d’un point central dans toutes les directions en même temps. L’air est l’énergie qui se déverse d’une intarissable fontaine centrale, tout comme dans notre univers la lumière et la chaleur se déversent du soleil. Il n’y a absolument aucune limite. L’énergie se déverse dans toutes les directions, en même temps, pour toujours.

Puis il y a l’espace. Ici, l’énergie est dans un état presque au-delà des mots et de la pensée. On pourrait dire qu’elle est allée dans une autre dimension — une quatrième, une cinquième, une sixième dimension. On pourrait dire que l’espace est l’état dans lequel l’énergie, s’étant elle-même propagée à l’infini dans toutes les directions de l’espace, y reste éternellement se propageant.

Voici les cinq éléments dans ce sens psychospirituel. Ce sont, symbolisés par le stûpa tantrique, les stades successifs de la transformation de l’énergie psychospirituelle.

Je vais vous donner une comparaison de ce qu’est un individu dans chacun de ces états successifs — dans l’état de terre, dans l’état d’eau, dans l’état de feu, et ainsi de suite.

Dans l’état de terre, il est comme un prisonnier pieds et poings solidement liés. Je suis sûr que la plupart des gens ont ressenti cela, à un moment ou à un autre. Le prisonnier ne peut pas bouger, il ne peut pas remuer. Peut-être aussi a-t-il les yeux bandés, et ne peut-il pas même cligner de l’œil. Il n’y a rien qu’il puisse faire, il ne peut faire absolument aucun mouvement. Son énergie est complètement bloquée. C’est à cela que ressemble une personne dans l’état de terre.

Puis, quelqu’un arrive qui coupe ses liens et enlève le bandeau de ses yeux. Le prisonnier se retrouve dans une petite cellule de deux mètres de côté. Il voit qu’il peut bouger : il peut lever le bras, il peut bouger la jambe. Il peut marcher, marcher toute la journée s’il en a envie, mais seulement dans sa petite cellule — deux mètres dans un sens, deux mètres dans l’autre. En d’autres termes, il y a un tout petit peu d’énergie se déplaçant dans un espace très circonscrit : l’énergie peut aller jusqu’au mur dans cette direction-ci, et jusqu’au mur dans cette direction-là, mais c’est tout. C’est l’état de l’eau, de l’énergie oscillant faiblement entre des paires d’opposés — cet état est même parfois appelé "liberté".

Dans l’état de feu le prisonnier réussit à faire un trou dans le toit et, tel un yogi tibétain, il flotte jusqu’au ciel, à travers le trou, toujours plus haut, jusque dans les nuages.

Dans l’état d’air il découvre qu’il peut aller non seulement vers le haut, mais aussi dans d’autres directions : il peut aller sur les côtés, il peut descendre et remonter, il peut aller dans toutes les directions de la boussole. Ici, cependant, notre analogie atteint ses limites, car dans l’état d’air il peut voyager simultanément dans toutes les directions. On peut peut-être l’imaginer comme un magicien, ou un yogi avec des pouvoirs occultes plus grands encore, se multipliant lui-même : il y a des millions de lui, et ils voyagent tous dans des directions différentes, à partir de ce point central, dans tout l’univers, à l’infini, pour toujours.

Au-delà de ceci, il y a l’espace. Je ne vais même pas essayer d’étendre l’analogie à l’espace. Ici, simplement, les mots ne suffisent pas et il ne nous reste que notre imagination.

Voici donc les stades successifs de la transformation de l’énergie psychospirituelle : de la terre à l’eau, de l’eau au feu, du feu à l’air, de l’air à l’espace. Ce sont les stades du chemin tantrique de l’Éveil, stades symbolisés par les cinq éléments tels qu’incorporés dans le symbolisme tantrique du stûpa.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Jeu 30 Juin - 13:05

Mais assez de bavardage pour l'instant.

Fini par dire le moine en se levant. Il se dirigea vers un coin de la pièce où se trouvait un holoprojecteur.

Voyez-vous, il y a bien longtemps, existait sur Terre un appareil appelé télévision, un peu comparable à cet holoprojecteur mais moins sophistiqué. Bien souvent, on y diffusait des tas de choses sans intérêt afin de distraire les gens. Entre autre ce qui s'appelait à l'époque des clips vidéos.

Comme pour le reste, souvent il n'avaient d'utilité, mais peut-on dire que cela est utile, que la distraction. Toutefois, de temps à autres certains permettaient de transmettre des messages pleins de bon sens.

J'ai justement sur cette disquette un enregistrement d'un de ces clips et, si vous annalysez bien les images ainsi que les paroles qui sont dans une ancienne langue appelée alors "Anglais", vous constaterez que cette "distraction" renferme un message qui touche à l'enseignement que je vous donne.

Regardez par vous-même, cela vaut la peine.

Dit-il en allumant l'appareil :

http://les4fersdor.1formatik.com/camaraderie/video/parabola.wmv
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Sam 2 Juil - 22:29

Parabola


We barely remember who or what came before this precious moment,
We are choosing to be here right now. Hold on, stay inside
This holy reality, this holy experience.
Choosing to be here in

Nous nous souvenons à peine qui ou ce qu'il y avait avant ce précieux moment,
Nous sommes choisis pour être ici maintenant. Accroches-toi, restes à l'intérieur de
Cette sainte réalité, cette sainte expérience.
Choisissant d'être ici, à l'intérieur de.


This body. This body holding me. Be my reminder here that I am not alone in
This body, this body holding me, feeling eternal
All this pain is an illusion.

Ce corps. Ce corps qui me contient. Soi celui qui me rappelle ici que je ne suis pas seul à être dans
Ce corps, ce corps qui me contient, se sentant éternel
Toute cette souffrance est une illusion


Alive, I

Vivant, Je (suis)

In this holy reality, in this holy experience. Choosing to be here in

Dans cette sainte réalité, dans cette sainte expérience. Choisissant d'être ici à l'intérieur de

This body. This body holding me. Be my reminder here that I am not alone in
This body, this body holding me, feeling eternal
All this pain is an illusion.

Ce corps. Ce corps qui me contient. Soi celui qui me rappelle ici que je ne suis pas seul dans
Ce corps, ce corps qui me contient, se sentant éternel.
Toute cette souffrance est une illusion.


Twirling round with this familiar parable.
Spinning, weaving round each new experience.
Recognize this as a holy gift and celebrate this chance to be alive and breathing.

Tournant autours de cette familière parabole.
Filant, tissant autours de chaque nouvelle expérience.
Reconnais ceci comme un saint don et célèbres cette chance d'être vivant et respirant.


This body holding me reminds me of my own mortality.
Embrace this moment. Remember, we are eternal.
all this pain is an illusion.

Ce corps qui me contient me rappelle ma propre mortalité.
Embrasses ce moment. Souviens-toi, nous sommes éternels.
Toute cette souffrance est une illusion.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Dim 3 Juil - 1:00

Oups, fit le vieux moine, j'ai oublié de traduire le premier paragraphe !

So familiar and overwhelmingly warm
This one, this form I hold now.
Embracing you, this reality here,
This one, this form I hold now, so
Wide eyed and hopeful.
Wide eyed and hopefully wild.

Si familière et d'une chaleur suffoquante
Celle-ci, cette forme que j'ai à présent.
T'embrassant, cette réalité ci,
Celle-ci, cette forme que j'ai à présent,
Aux yeux si élargis et pleins d'espoir.
Aux yeux élargis et avec un optimisme sauvage.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 5 Juil - 12:22

La projection était terminée, Necronomicon restait songeur. Il dit au moine :

Parles-moi de celui qui fut le premier à enseigner tout celà, de ces déités étranges dont on parle mais que l'on ne connait que fort peu.

Le moine alla se rasseoir et poursuivi son discours :

Comment appelle-t-on un homme doté d'une force d’esprit infrangible, d'une vision parfaitement claire et précise, d'une bienveillance universelle et sans limites ? On l'appele un bouddha.

L'homme qui devint le Bouddha naquit sous le nom de Siddartha Gautama, dans le nord de l'Inde. De naissance princière au sein d'un clan de guerriers, il se maria et eut un fils.

Bien qu'il ait vécu dans le plaisir, le luxe et l'aisance, il ne cessait pas d'éprouver une profonde insatisfaction, au point qu'une nuit, alors qu'il était dans sa trentième année, après un dernier regard à son épouse et à son fils endormis, il se faufila silencieusement hors du palais. Chevauchant son coursier, il atteignit les frontières de son royaume, se coupa les cheveux et la barbe, et revêtit la robe safran d'un ascète errant.

Il vécut d'abord sous l'autorité des maîtres de l'époque, puis forma avec cinq autres disciples son propre groupe. Il acquit une certaine renommée dans la pratique des austérités, mais après avoir mené cette sorte de vie pendant six années, il dut en arriver à la conclusion qu'il était encore loin de pouvoir transcender, ou comprendre, la condition humaine.

Lorsqu'il décida de renoncer à la pratique des austérités, le reste du groupe, scandalisé, s'éloigna de lui en disant qu'il était retourné à une vie inférieure. Il partit alors dans la forêt, seul. Là, il demeura, avec une force renouvelée, développant la concentration avec la pratique de la méditation.

A la nuit de la pleine lune de mai, alors qu'il était assis absorbé dans la contemplation du corps et de sa respiration, ayant rendu son esprit malléable et flexible, il le dirigea sur les aspects fondamentaux de la vie. Comme il pénétrait en esprit au cœur de ces questions, s'éleva la connaissance, s'éleva la vision, s'éleva la lumière. Il avait atteint l'éveil total et parfait. Il avait atteint un état de force de l'esprit infrangible, de vision claire et parfaite, de bienveillance sans limites et pour tous les êtres. Il avait extirpé en lui l'avidité, la haine et l'ignorance. Il avait surmonté la souffrance sous toutes ses formes.

En atteignant l'éveil, il avait atteint ce qu'il y avait à accomplir dans toute vie et il se trouvait dans un état de contentement absolu. Pourtant, par compassion pour le monde souffrant, il passa les dernières quarante-cinq années de sa vie à enseigner les moyens -ou dharma- par lesquels d'autres pourraient à leur tour réaliser cette expérience. Ce que nous appelons aujourd'hui le bouddhisme, sous toutes ses différentes formes culturelles, n'est autre que l'héritage de cet enseignement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 5 Juil - 13:16

Si l’on regarde sous la surface rationnelle et conceptuelle de l’esprit humain, on trouve de vastes profondeurs insondées qui forment ce que l’on appelle l’inconscient. La psyché, dans sa totalité, est faite tant du conscient que de l’inconscient. La partie inconsciente, non rationnelle, de l’homme représente de loin la majeure partie de sa nature totale, et son importance est beaucoup plus grande que ce que nous voulons généralement bien reconnaître. La conscience n’est guère qu’une légère écume jouant et brillant à la surface, tandis que l’inconscient est comme les vastes profondeurs de l’océan, sombres et insondées, loin en dessous. Afin de faire appel à l’homme tout entier, il ne suffit pas de faire appel à la seule intelligence rationnelle et consciente, qui flotte à la surface. Nous devons faire appel à quelque chose de plus, et ceci veut dire que nous devons parler un langage entièrement différent du langage des concepts, de la pensée abstraite : nous devons parler le langage des images, de la forme concrète. Si nous voulons atteindre cette partie non rationnelle de la psyché humaine, nous devons utiliser le langage de la poésie, du mythe, de la légende.

Cet autre langage, non moins important, est un langage que beaucoup de gens ont oublié de nos jours, ou dont ils ne connaissent que quelques formes défigurées et brisées. C’est à travers ce langage que nous allons aborder notre sujet, passant de l’abord conceptuel à l’abord non conceptuel, de l’esprit conscient à l’inconscient. Nous allons ici commencer à entrer dans ce langage, y rencontrant une partie de ce que nous appelons "le symbolisme archétype". Pour permettre cette rencontre, nous devons être réceptifs, nous ouvrir à ces symboles archétypes, les écouter et les laisser nous parler de leur propre manière, à nos profondeurs inconscientes en particulier ; de cette façon nous ne les réalisons pas seulement mentalement, mais nous en faisons l’expérience, nous les assimilons, leur laissant même la possibilité de transformer, finalement, la totalité de notre vie.

Nous devons accorder beaucoup plus de temps et une attention beaucoup plus sérieuse à unifier le conceptuel et le non-conceptuel. En d’autres termes, nous avons besoin d’une vie spirituelle équilibrée dans laquelle l’esprit conscient et l’esprit inconscient jouent tous deux leur rôle.

Maintenant, définissons nos termes principaux. Qu’entend-on par symbolisme archétype ? Qu’est-ce qu’un archétype ? De façon générale, en suivant le dictionnaire, on peut dire qu’un archétype est un schéma ou un modèle originel d’une œuvre, ou le modèle à partir duquel une chose est faite ou créée.

Et qu’entendons-nous par symbolisme ? Un symbole est généralement défini comme un signe visible de quelque chose d’invisible. Mais d’un point de vue philosophique et religieux c’est plus que cela : c’est quelque chose qui existe à un niveau bas et qui a une correspondance avec quelque chose qui existe à un niveau plus élevé. Pour citer un exemple commun, dans les diverses traditions théistes le soleil est un symbole de Dieu, car le soleil assure dans l’univers physique la même fonction que Dieu, selon ces systèmes, assure dans l’univers spirituel : le soleil apporte la lumière et la chaleur, tout comme Dieu apporte la lumière de la connaissance et la chaleur de l’amour dans l’univers spirituel. On peut dire que le soleil est le dieu du monde matériel, et que, de la même façon, Dieu est le soleil du monde spirituel. C’est le même principe qui se manifeste à différents niveaux, de différentes manières. C’est, bien sûr, la vieille idée hermétique : "En bas tout comme en haut".

Il y a ce que l’on appelle la vérité scientifique, la vérité des concepts, du raisonnement ; et, en plus de cela — certains diraient même au-dessus de cela — il y a ce que l’on peut appeler la vérité poétique, ou la vérité de l’imagination, de l’intuition. Les deux sont au moins aussi importantes l’une que l’autre. La seconde sorte de vérité est révélée, ou se manifeste dans ce que l’on appelle les mythes et les légendes, ainsi que dans les œuvres d’art, les rituels symboliques, et aussi de façon très importante dans les rêves. Et ce que nous appelons le symbolisme archétype appartient à cette seconde catégorie : ce n’est pas là pour exprimer une vérité historique, une information factuelle, mais pour exprimer une vérité poétique, voire spirituelle. Nous pouvons dire que la biographie du Bouddha, en terme de symbolisme archétype, ne porte pas sur les événements extérieurs de sa vie, mais est là pour nous suggérer quelque chose de son expérience spirituelle intérieure et, donc, pour jeter une lumière sur notre vie spirituelle à tous.

Il y a de nombreux événements qui ne sont pas basés, ni supposés être basés, sur des faits historiques, mais qui ont une signification symbolique archétype pointant vers l’expérience intérieure et la réalisation intérieure. Parfois, il est difficile de distinguer entre les deux catégories, de décider si une chose appartient à l’ordre historique ou à l’ordre symbolique. Très souvent, la tradition elle-même ne fait pas très bien la distinction entre les deux. Elle semble généralement présenter les mythes et légendes tout aussi littéralement que les faits historiques, comme si aux temps anciens l’homme n’avait presque pas eu la capacité, ni peut-être même la volonté, de faire une telle distinction. Tout était vrai, tout était factuel, dans son propre genre, dans son propre ordre. Il n’y a pas de mal à ce que nous essayions de décider ce qui constitue le contenu factuel et historique de la biographie du Bouddha, et ce qui constitue son contenu archétype et symbolique, mais nous devons faire attention à ne pas sous-évaluer les éléments mythiques et légendaires.

Je vais commencer par un exemple assez simple, connu dans la tradition sous le nom de Double Miracle et qui fut accompli par le Bouddha en un lieu appelé Srvasti, puis plus tard reproduit en un certain nombre d’autres occasions. Le texte dit:

"Alors, l’Exalté, se tenant en l’air à la hauteur d’un palmier, fit des miracles divers et variés de double apparition. La partie inférieure de son corps était en flammes, tandis que de la partie supérieure s’écoulaient cinq cents jets d’eau froide. Alors que la partie supérieure de son corps était en flammes, cinq cents jets d’eau froide s’écoulaient de la partie inférieure. Puis, par sa puissance magique, l’Exalté se transforma en un taureau à la bosse palpitante. Le taureau disparut à l’est et apparut à l’ouest. Il disparut au nord et apparut au sud. Il disparut au sud et apparut au nord. Et c’est ainsi que le grand miracle doit être décrit en détail. Plusieurs milliers d’êtres, voyant ce grand miracle de magie, devinrent joyeux, heureux et contents, et clamèrent des milliers de bravos à la vue de cette merveille."

Je ne vais rien dire ici de la transformation du Bouddha en taureau : le taureau est un symbole universel dans la mythologie et le folklore, et il mérite une étude en soi. Je vais me concentrer ici sur le Double Miracle lui-même.

Tout d’abord, le Bouddha est debout en l’air, dans certaines versions il est représenté montant et descendant en l’air, comme s’il se promenait. Ceci signifie un changement de niveau, et est très significatif. Cela représente le fait que ce qui est décrit ci-dessus ne se passe pas au niveau terrestre, ou au niveau historique. Le Double Miracle n’est pas un miracle dans le sens usuel, ni quelque chose de magique ou de supra-normal se déroulant ici, sur cette terre, mais quelque chose de spirituel, quelque chose de symbolique, se déroulant à un niveau d’existence métaphysique plus élevé.

La présence, dans toute scène de l’art bouddhique, d’une fleur de lotus, par exemple, a la même signification. Si un Bouddha, ou un autre personnage, est dessiné assis sur une fleur de lotus, cela veut dire que la scène se passe à un niveau trans-humain, Transcendantal, où le lotus symbolise la coupure du contact avec le monde. En fait, dans les sculptures représentant le Double Miracle, puisqu’il n’est pas possible de représenter le Bouddha en l’air, ce qui l’emporterait hors de la sculpture, il est représenté assis sur une fleur de lotus.

Étant debout, en l’air, dans cette dimension métaphysique, si l’on peut dire, le Bouddha émet en même temps du feu et de l’eau : du feu de la partie supérieure de son corps, de l’eau de la partie inférieure, et puis vice versa. Si l’on voulait prendre cela littéralement, historiquement, ce ne serait au mieux qu’un tour de prestidigitation, rien de plus. Mais le Bouddha ne se complaisait certainement pas dans des tours de prestidigitation. Au niveau d’existence élevé où il se tient, l’eau et le feu sont des symboles universels. On les trouve dans le monde entier, dans toutes les races, dans toutes les cultures, dans toutes les religions.

Le feu représente toujours "l’esprit" ou "le spirituel", et l’eau représente toujours la matière, ce qui est matériel. Le feu représente le principe céleste, positif, masculin ; l’eau représente le principe terrestre, négatif, féminin. Le feu représente l’intellect, l’eau les émotions. Le feu représente encore la conscience, l’eau l’inconscient. En d’autres termes, le feu et l’eau représentent à eux deux tous les opposés cosmiques. Ils représentent ce que dans la tradition chinoise on appelle le yin et le yang.

Le fait que le Bouddha émette en même temps du feu et de l’eau représente la conjugaison de ces grandes paires d’opposés. Cette conjonction, à tous les niveaux, et en particulier au niveau le plus élevé, est synonyme de ce que nous appelons l’Éveil, de ce que les Tantras appellent le yuganaddha, le deux-dans-l’un. Ce deux-dans-l’un, cette union, ou harmonie, ou intégration des opposés représentée ici a un parallèle intéressant dans la tradition alchimique occidentale où l’union du feu et de l’eau est considérée comme étant tout le secret de l’alchimie — non pas, bien sûr, dans le sens de la production d’or, mais dans le sens de la transmutation spirituelle.

Dans l’alchimie, cette union du feu et de l’eau est parfois appelée le mariage du Roi Rouge et de la Reine Blanche. Ici, cet épisode du Double Miracle nous dit que l’Éveil n’est pas une chose unilatérale, n’est pas une expérience partielle, mais que c’est l’union, la conjonction d’opposés, du feu et de l’eau, au niveau le plus élevé qui soit.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 5 Juil - 22:24

Tournons-nous maintenant vers un autre épisode. Selon la tradition théravada, le Bouddha enseigna ce qui allait être connu sous le nom d’Abhidharma à sa mère décédée, dans le Paradis des Trente-trois Dieux, un monde céleste plus élevé où elle renaquit après être morte sept jours après l’avoir mis au monde. Puis il revint sur terre, en descendant un magnifique escalier, entouré par divers dieux, divinités et anges. Dans les textes, cet escalier est décrit en des termes vraiment très merveilleux : il est fait d’or, d’argent et de cristal. Imaginez donc ce magnifique escalier s’étendant du Paradis des Trente-trois Dieux jusqu’à la terre.

Ceci aussi, l’escalier ou l’échelle joignant ciel et terre, est un symbole universel. Parfois, c’est une corde d’argent ou d’or reliant les deux. Par exemple, il y a dans la Bible l’échelle de Jacob, qui a la même signification. Et à un niveau plus populaire, il y a le tour de la corde indienne : le magicien, ou le yogi, jette une corde en l’air. Elle s’attache dans le ciel, et il y monte avec son disciple ; puis il met son disciple en pièces, les morceaux tombent et le disciple est reconstitué. On trouve cette conception de manière particulièrement forte dans le chamanisme de toute la région arctique. L’escalier est ce qui unit les opposés, ce qui lie, qui met ensemble le ciel et la terre. La signification archétype de cet épisode de la descente du Bouddha est mise en valeur par des descriptions colorées et lumineuses, avec l’or, l’argent et le cristal, avec diverses lumières colorées, des ensembles impressionnants d’ombrelles et de parasols colorés, des fleurs tombant, et de la musique. Tout ceci est très attrayant non pas pour l’esprit conscient, mais pour l’inconscient, pour les profondeurs.

Une autre variante importante du thème de l’union des opposés est ce que l’on appelle généralement l’Arbre du Monde, ou Arbre Cosmique. Le Bouddha, selon les récits traditionnels, atteignit l’Eveil au pied d’un arbre. Il est significatif que, d’un point de vue historique et factuel, nous ne sachions pas s’il était réellement assis sous un arbre ou pas : les récits les plus anciens ne le mentionnent pas. Peu à peu, semble-t-il, alors que dans ses biographies se développaient les éléments légendaires et mythiques, le Bouddha devint de plus en plus associé, au moment de son Eveil, avec le fait d’être assis au pied d’un arbre. Les racines d’un arbre s’enfoncent profondément dans le sol, tandis que ses branches s’élancent dans le ciel. L’arbre aussi lie donc ciel et terre, c’est aussi un symbole d’union ou d’harmonie des opposés.

L’Arbre du Monde est trouvé dans la plupart des mythologies. Il y a par exemple l’Yggdrasil scandinave, le Frêne du Monde, aux racines profondes, aux branches haut dans les cieux, tous les mondes, si l’on peut dire, étant suspendus à ses branches. Et l’on a souvent cette identification de la croix chrétienne avec un Arbre du Monde ou un Arbre Cosmique. Il y a une représentation de la crucifixion où des branches poussaient des bras de la croix, et où des racines s’enfonçaient profondément dans le sol. Tout comme l’Arbre du Monde, la croix aussi lie cosmiquement le ciel et la terre, tout comme le Christ unit "psychologiquement" les natures humaine et divine.

L’image du point central est associée de près à l’idée d’une échelle, d’un escalier ou d’un arbre. Dans toutes les descriptions légendaires traditionnelles du Bouddha atteignant l’Eveil, il est représenté assis sur ce qui s’appelle le vajrasana, ce qui signifie littéralement le Siège de Diamant et est parfois traduit par Trône de Diamant. Dans la tradition bouddhique, le diamant, le vajra, le dorje représente toujours l’élément Transcendantal, la base métaphysique. Selon la tradition, le vajrasana est le centre de l’univers. On peut comparer ceci avec la tradition chrétienne correspondante, qui dit que la croix se tenait au même endroit que l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, dont Adam et Eve ont mangé la pomme, et que cet endroit était l’exact centre du monde. Cette centralité du vajrasana dans le cosmos suggère que l’Eveil consiste à adopter une position de centralité. Cette centralité métaphysique ou Transcendantale, qui constitue l’Eveil, équivaut à l’union des opposés dont nous avons parlé.

Nous pouvons continuer ainsi presque indéfiniment : les écritures, les biographies traditionnelles sont pleines de matériau de cette sorte.

Considérons maintenant non pas des symboles archétypes isolés, mais toute une séquence de symboles. Cette série est liée à l’événement le plus important de toute la carrière du Bouddha, son atteinte de l’Eveil. Ces symboles sont représentés par certains événements généralement considérés comme historiques, ou partiellement historiques, mais dont la vraie signification est beaucoup plus profonde.

Le premier de ces événements est traditionnellement connu comme la Victoire sur Mara, le Malin, le Satan du bouddhisme. Le Bouddha, ou le Bodhisattva, celui qui allait devenir le Bouddha, était assis, méditant, au pied de l’arbre, quand il fut attaqué par des hordes de terribles démons, par toutes sortes de personnages vils, laids et difformes, conduits par Mara.

Ces hordes, et leurs attaques, sont décrites de manière vive dans l’art et la poésie bouddhiques. Les démons étaient partiellement humains, partiellement animaux, déformés de façon hideuse, avec des expressions perverses, hargneuses, courroucées et coléreuses, certains brandissant de grands bâtons, d’autres brandissant des épées, tous vraiment très menaçants et terrifiants. Mais toutes les pierres, toutes les flèches, toutes les flammes, atteignant les bords de l’aura de lumière du Bouddha, se transformaient en fleurs et tombaient à ses pieds.

Le Bouddha n’était pas touché, n’était pas ému par cette terrible attaque. Ses yeux restaient fermés, il restait en méditation, avec le même sourire sur ses lèvres. Mara envoya alors au Bouddha ses trois très belles filles qui portaient les noms de Luxure, Passion, et Délice. Elles dansèrent devant le Bouddha, mettant en œuvre toutes leurs ruses, mais le Bouddha n’ouvrit même pas les yeux. Elles se retirèrent, déconfites.

Tout ceci représente les forces de l’inconscient dans leur forme brute, non sublimée. Tous les démons, les figures terriblement déformées représentent la colère, l’aversion, l’antipathie, etc. Quant aux filles de Mara, elles représentent les divers aspects de l’avidité et du désir. Mara lui-même représente l’ignorance primordiale, l’absence de prise de conscience, du fait de laquelle nous renaissons encore et encore et encore... Incidemment, la signification littérale du nom Mara est simplement "mort".

Le second incident est connu sous le nom d’Appel à Témoignage de la Déesse Terre. Après avoir été vaincu, après le départ de ses hordes déconfites, Mara essaya quelque chose d’autre. Il dit à celui qui allait devenir le Bouddha : "Tu es assis au point central de l’univers, sur le trône des Bouddhas du passé. Quel droit as-tu, toi, une personne ordinaire, d’être assis sur ce Trône de Diamant, sur lequel s’assirent les précédents Bouddhas ?" Alors, le Bouddha dit : "Dans mes vies passées, j’ai pratiqué toutes les pramits, toutes les perfections, à savoir la Perfection de la Générosité, la Perfection de la Moralité, la Perfection de la Patience, la Perfection de l’Energie, la Perfection de la Méditation, la Perfection de la Sagesse. Je les ai toutes pratiquées, j’ai atteint un point dans mon évolution spirituelle où je suis prêt, où je suis sur le point d’atteindre l’Eveil. Je suis donc digne de m’asseoir sur ce Trône de Diamant, comme les Bouddhas du passé lorsqu’ils ont atteint l’Eveil."

Mara n’était pas satisfait. Il dit : "Eh bien, tu dis que dans tes vies passées tu as pratiqué toutes ces perfections, mais qui t’a vu le faire ? Qui est ton témoin ?" Mara se déguise en homme de loi, il veut un témoin, il veut une preuve.

Le futur Bouddha, assis sur le Trône de Diamant en position de méditation, les mains reposant sur les genoux, tapa alors doucement la terre, c’est la fameuse bhumisparsa-mudra, la mudra, ou position, du toucher de la terre, ou de la prise à témoin de la terre, et la Déesse Terre apparut, portant un vase dans la main. Elle témoigna, disant : "J’ai tout le temps été ici. Les hommes vont, les hommes viennent, la terre reste toujours. J’ai vu toutes ses vies passées. J’ai vu des centaines de milliers de vies dans lesquelles il a pratiqué les Perfections. Je témoigne donc que d’après sa pratique de ces Perfections il est digne de s’asseoir sur le siège des Bouddhas du passé".

Cette scène aussi est souvent représentée dans l’art bouddhique ; la Déesse Terre est parfois vert foncé, parfois d’un beau brun-doré, émergeant toujours à demi de la terre. La signification de la Déesse Terre est un sujet en soi et toute une littérature y est dédiée. Fondamentalement, elle représente les mêmes forces que celles représentées par les filles de Mara. Mais, alors que les filles de Mara les représentent dans leurs aspects bruts, négatifs, non sublimés, la Déesse Terre, lorsqu’elle témoigne, les représente dans leurs aspects apprivoisés, contenus, voire sublimés : prêtes à aider et non à empêcher.

Le troisième événement est connu sous le nom de Requête de Brahma. Le Bouddha, après son Eveil, était enclin à rester silencieux. Il réfléchissait : "Cette Vérité, cette Réalité que j’ai découverte, est si abstraite, si difficile à voir, si sublime, que les gens ordinaires, les yeux recouverts par la poussière de l’ignorance et de la passion, ne la verront pas, ne l’apprécieront pas. Il vaut donc mieux que je reste silencieux, que je reste sous l’arbre de la Bodhi, que je reste les yeux fermés, plutôt que d’aller dans le monde et de prêcher." Mais alors vint une autre grande apparition. Une grande lumière brilla, et au milieu de la lumière une ancienne figure, celle de Brahma Sahampati, Brahma le Grand Dieu, le Seigneur des Mille Mondes, apparut devant le Bouddha, les mains jointes. Il dit : "S’il te plaît, prêche, prêche la Vérité ; il y en a juste quelques-uns, avec un peu de poussière sur leurs yeux. Ils apprécieront, ils suivront." Le Bouddha ouvrit son œil divin et contempla l’univers. Il vit tous les êtres, comme des lotus dans un étang, à divers stades de développement. Et il dit : "Pour le bien de ceux qui n’ont qu’un petit peu de poussière sur leurs yeux, de ceux qui sont comme des lotus émergeant à demi, je vais enseigner le Dharma."

Nous ne devrions bien sûr pas prendre cet événement littéralement, d’un point de vue historique : le Bouddha était Eveillé, il n’avait pas besoin qu’on lui demande de prêcher. La Requête de Brahma représente la manifestation, dans l’esprit même du Bouddha, des forces de Compassion qui l’ont finalement poussé à faire connaître la Vérité qu’il avait découverte, à prêcher à l’humanité.

Le quatrième et dernier épisode est l’épisode de Mucalinda. Pendant sept semaines, le Bouddha resta assis au pied de l’arbre de la Bodhi et d’autres arbres aux alentours, et au milieu de la septième semaine éclata un grand orage. Le Bouddha atteignit l’Eveil au mois de mai : sept semaines de plus nous mènent donc au milieu du mois de juillet, au début de la saison des pluies. En Inde, quand commence la saison des pluies, en quelques instants le ciel tout entier devient noir et il se met à pleuvoir non pas à seaux, mais à véritables réservoirs.

Le Bouddha était dehors, sous un arbre, vêtu seulement d’une fine robe : il n’y avait pas grand chose qu’il puisse faire. Mais une autre figure sortit du sous-bois, de l’ombre : un grand serpent, le Roi Mucalinda, le Roi-Serpent. Il vint, enroula ses anneaux autour du Bouddha, et tint son capuchon au-dessus de la tête du Bouddha, comme un parapluie, le protégeant ainsi de l’averse. Cet épisode est souvent représenté dans l’art bouddhique, parfois de façon presque comique : vous voyez un rouleau, comme un rouleau de corde, d’où émerge tout juste la tête du Bouddha, protégée par le capuchon formant un parapluie. Puis la pluie disparut, les nuages d’orage se dissipèrent, et le Roi-Serpent prit une forme différente, celle d’un beau jeune homme d’environ seize ans, qui salua le Bouddha.

Quelques savants, malheureusement, essaient de considérer cet épisode dans un sens littéral, de lui imposer une signification factuelle, disant : "Oui, il est bien connu qu’en Orient les serpents sont parfois très gentils avec les saints hommes, et qu’ils viennent et se tiennent auprès d’eux. C’est ce qui a dû se passer."

Mais nous ne pouvons pas accepter ce genre d’explication pseudo-historique. Nous sommes à un plan, à un niveau de signification entièrement différent. Dans le monde entier, nous l’avons vu, l’eau, ou la mer ou l’océan, représente l’inconscient. Et dans la mythologie hindoue, bouddhique ou jaïn, les nagas, c’est-à-dire les serpents, ou les dragons, vivent dans les profondeurs de l’océan. Les nagas représentent donc les forces dans les profondeurs de l’inconscient, dans leur aspect le plus positif et bénéfique ; et Mucalinda est le roi des nagas.

La chute de la pluie, l’averse torrentielle après les sept semaines, représente un baptême. Dans le monde entier, verser de l’eau sur quelqu’un ou quelque chose représente l’investiture de cette personne ou de cet objet avec toutes les puissances de l’esprit inconscient. Tout comme dans le christianisme, il y a un baptême avec l’eau et avec le feu, une investiture avec les forces de l’inconscient et avec les forces de l’esprit.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 5 Juil - 22:24

La pluie, nous l’avons vu, tombe à la fin de la septième semaine, et Mucalinda enroule sept fois ses anneaux autour du Bouddha assis. Cette répétition du chiffre sept n’est pas une coïncidence. Mucalinda représente aussi ce que les Tantras appellent le Chandali, l’Ardent ou la Puissance Ardente, et ce que les hindous appellent le Kundalini, Celui qui est Enroulé, la Puissance-Serpent, qui représente toutes les puissantes énergies psychiques jaillissant en quelqu’un, en particulier durant la méditation, par le nerf médian. Les sept anneaux, ou l’enroulement sept fois autour du Bouddha, représentent les sept centres psychiques au travers desquels passe le Kundalini au cours de sa montée. La forme d’un beau jeune homme de seize ans que prend Mucalinda représente la nouvelle personnalité qui naît du fait de cette montée du Chandali, ou Kundalini. Mucalinda, dans sa nouvelle forme, salue le Bouddha : ceci représente la soumission parfaite de toutes les puissances de l’inconscient à l’esprit Eveillé.

De tout cela, il est évident que ces quatre événements ont tous une profonde signification psychologique et spirituelle. Ils ne sont pas que pseudo-histoire, ils ne sont pas que des contes de fées, quoique même les contes de fées aient une signification, mais ils sont investis d’une profonde signification symbolique et archétype.

En allant un peu plus loin, on peut dire que les quatre figures principales qui nous ont intéressés forment un ensemble bien déterminé : Mara le Malin, Vasundhar la Déesse Terre, Brahma, et Mucalinda, dans cet ordre — et l’ordre dans lequel ils apparaissent est assez intéressant. Leur apparition dans cet ordre représente l’intégration de ceux-ci dans l’esprit conscient.

Mara correspond à l’Ombre, cette face plus sombre de nous-même dont nous avons honte, que nous essayons généralement de réprimer. La Déesse Terre représente l’Anima. Brahma représente l’archétype du Vieil Homme Sage. L’art bouddhique le représente avec des cheveux blancs et une barbe : une sorte de Dieu-le-Père. Et Mucalinda est l’archétype du Jeune Héros.

Il y a aussi une correspondance avec les personnages principaux de la mythologie chrétienne : Mara correspond à Satan, la Déesse Terre à la Vierge Marie, Brahma à Dieu et Mucalinda au Christ. Je ne pense pas que ceci soit trop tiré par les cheveux. Si nous étudions ces choses avec attention, en les approfondissant, nous devrions voir cette analogie. Dans le bouddhisme tantrique se trouve un ensemble similaire : le Gardien ou Protecteur, ainsi qu’il est parfois nommé, la dakini, le gourou, et le yidam.

Quoique j’aie fait ces analogies, il y a une grande différence de principe entre les approches ou attitudes bouddhique et chrétienne envers les archétypes de leur tradition respective. Dans le bouddhisme, il est souvent dit de manière claire, voire catégorique, que toutes ces apparences, toutes ces formes archétypes sont de façon ultime des phénomènes de notre propre Esprit Véritable, ou des projections de notre propre inconscient, et qu’elles doivent toutes être intégrées. Mais dans le christianisme, les archétypes correspondants sont regardés comme des êtres objectivement existants.

Nous n’avons fait qu’effleurer quelques-uns des symboles archétypes trouvés dans la biographie du Bouddha. J’aurais aimé en mentionner de nombreux autres, par exemple le bol à aumônes du Bouddha. Il y a beaucoup de légendes à son sujet, certaines d’entre-elles étant vraiment très intéressantes. En fait, nous pouvons dire, sans exagérer, qu’il occupe dans la légende et l’histoire bouddhiques une position analogue à celle du Saint Graal dans le christianisme, et qu’il a une signification très similaire.

Les archétypes, et j’en ai mentionné quelques-uns, n’ont pas qu’un intérêt historique ou littéraire : ils ne nous sont pas étrangers. Chacun d’entre eux est présent en nous tous — ou nous pouvons dire que nous sommes tous présents en eux. Nous les partageons, nous les avons tous en commun, ou bien ils nous partagent, ils nous ont tous en commun. Et, au cours de notre vie spirituelle, en particulier lorsque nous pratiquons la méditation, ces archétypes ont tendance à émerger dans la conscience, de diverses manières.

Parfois, ils se montrent, au moins fugitivement, dans des rêves, pendant la méditation ou dans des rêves éveillés. Par exemple, nous devons tous rencontrer l’Ombre. Comme je l’ai dit, c’est ce côté sombre, déplaisant de nous-même qui apparaît dans les rêves, par exemple sous la forme d’un féroce chien noir grondant et courant à nos talons en essayant de les mordre, et dont nous voulons nous débarrasser sans pouvoir le faire ; ou sous la forme d’un homme sombre, etc. Nous devons regarder l’Ombre en face, l’accepter, assimiler même cette face sombre de nous-même, tout comme le Bouddha fit face à Mara et à ses troupes, et les vainquit. Et ici, tout comme dans le cas de Mara, la répression n’est pas la solution. L’Ombre, ou le contenu représenté par l’Ombre, doit être saturée de prise de conscience, et doit être résolue. Le Bouddha lui-même n’émit pas de flammes pour contrer les flammes émises par les troupes de Mara ; mais lorsque les flammes touchèrent son aura, elles furent simplement transformées en fleurs, transmutées.

C’est aussi le genre de chose que nous devons faire avec notre propre Ombre : la regarder, simplement, la reconnaître, l’accepter, puis la transformer et la transmuter en ce que la tradition tantrique appelle un Gardien ou un Protecteur. Nous aussi, nous devons appeler la Déesse Terre, ce qui en termes psychanalytiques veut dire que nous devons regarder l’Anima, dans le cas d’un homme, en face et nous en libérer, c’est-à-dire amener notre propre féminité inconsciente dans notre propre attitude consciente et l’y intégrer, tout comme une femme doit amener et intégrer sa masculinité inconsciente. Si cela est fait, il ne sera plus question de projeter ces contenus inconscients et non réalisés sur des membres du sexe opposé, et ce qui est parfois appelé le "problème" du sexe est ainsi résolu. Ceci est un aspect très important de la vie spirituelle.

Puis, nous devons tous apprendre du Vieil Homme Sage. Parfois, il nous faut littéralement nous asseoir aux pieds d’un maître, ou au moins avoir une image idéale à laquelle nous devons allégeance. Puis, peut-être après de nombreuses années, nous devons incorporer en nous-mêmes les qualités que cette figure représente : sagesse, connaissance, etc.

Puis, finalement, chacun d’entre-nous doit, en lui-même ou en elle-même, donner naissance au Jeune Héros, c’est-à-dire, en d’autres termes, créer le noyau d’un soi nouveau, d’un être nouveau ou, dans le langage bouddhique traditionnel, donner naissance en soi au Bouddha ou à la nature-de-Bouddha elle-même.

Si nous faisons face à notre propre Ombre, si nous faisons appel à notre propre Anima ou Animus, si nous apprenons du Vieil Homme Sage, et si nous donnons naissance en nous à notre propre Jeune Héros, alors nous accomplirons, nous récapitulerons en nous, dans nos propres vies, à tous les niveaux, dans tous les aspects, les symboles archétypes qui apparaissent dans la biographie du Bouddha.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mer 6 Juil - 19:33

En termes de symboles, le Bouddha, assis sous l’arbre de la Bodhi, vit deux choses. Tout d’abord, il vit une grande Roue. Cette Roue embrasse la totalité de l’existence conditionnée, elle est de même étendue que le cosmos, elle contient tous les êtres vivants. Elle tourne sans arrêt : elle tourne le jour et la nuit, elle tourne vie après vie, elle tourne ère après ère. Nous ne pouvons voir quand elle a commencé à tourner, et nous ne pouvons pour l’instant voir quand elle cessera de tourner : seul un Bouddha voit cela.

Cette grande Roue tourne autour d’un moyeu. Ce moyeu est fait de trois créatures : un coq rouge, picorant avidement le sol ; un serpent vert, les yeux rouges brillant de colère ; et un cochon noir, vautré dans la boue, plein d’ignorance. Ces trois créatures forment elles-même un cercle, et chacune d’entre-elles mord la queue de celle qui la précède.

Entourant le moyeu, qui forme le premier cercle de la Roue, est un second cercle, plus large. Il est divisé verticalement en deux moitiés, l’une blanche et l’autre noire. Dans chaque moitié se trouvent des figures, hommes et femmes. Les figures de la moitié blanche se déplacent, flottent même, vers le haut, comme au son d’une belle musique. Elles ont toutes des expressions de ravissement et de bonheur. Certaines se tiennent la main. Toutes regardent en haut, vers le zénith. Les figures de la moitié noire, elles, se déplacent vers le bas. En fait, elles ne se déplacent pas simplement, elles tombent tête la première. Certaines se tiennent la tête avec les mains. Certaines sont nues et difformes. Certaines sont enchaînées l’une à l’autre. Toutes ont des expressions d’angoisse et de terreur.

Le cercle suivant de la Roue est de loin le plus large. Il est divisé par six rayons en six segments. Dans chaque segment, un monde entier est représenté — ou bien plusieurs. Si vous préférez, chaque segment peut être vu comme un état d’esprit, ou comme un niveau de conscience. L’ordre varie, mais dans le segment le plus haut nous voyons toujours les dieux, ou devas. Ils vivent dans des palais merveilleux. Ils jouissent de toutes sortes de délices. Pour eux, l’existence est comme un rêve agréable. Certains des dieux ont le corps entièrement fait de lumière et communiquent par la pensée pure.

Puis, en tournant dans ce cercle dans le sens des aiguilles d’une montre, nous voyons les asuras. Les asuras vivent dans un état d’hostilité et de jalousie constantes. Ils luttent sans arrêt. Ils portent tous des armures, et tiennent des armes. Ils luttent pour la possession des fruits de l’arbre-qui-exauce-les-souhaits.

Dans le segment suivant, nous voyons les pretas, ou esprits affamés. Ils ont un ventre énorme et gonflé, mais un cou mince et une bouche minuscule comme le chas d’une aiguille. Ils sont tous férocement affamés, mais toute la nourriture qu’ils touchent se transforme en feu ou en saleté.

Dans le segment d’en bas nous voyons des êtres tourmentés : certains gèlent dans des blocs de glace, d’autres sont brûlés par des flammes. Certains sont décapités. Certains sont sciés en deux. Certains sont dévorés par des monstres.

Puis, nous voyons diverses espèces d’animaux : des poissons, des insectes, des oiseaux, des reptiles, des mammifères. Certains sont grands, d’autres petits. Certains sont pacifiques, d’autres sont des prédateurs. On remarque qu’ils vont toujours par paire, mâle et femelle, et qu’ils sont tous à la recherche de nourriture.

Dans le dernier segment nous voyons des êtres humains. Nous voyons des maisons et des campagnes. Nous voyons des jardins et des champs. Quelques personnes cultivent la terre. Elles labourent, sèment et récoltent. Des gens achètent et vendent. Certains donnent des aumônes. Certains méditent.

Voici donc les six segments de ce cercle de la Roue, qui constituent six mondes ou six sortes d’états mentaux. Les habitants de ces mondes n’y restent pas indéfiniment. Ils disparaissent d’un monde et réapparaissent dans un autre. Même les dieux, quoiqu’ils restent très longtemps dans leur monde, disparaissent et réapparaissent ailleurs.

Le dernier cercle de la Roue, la jante de la Roue, est divisé en douze segments. Dans ces segments nous voyons douze scènes représentant des étapes du processus par lequel les êtres vivants passent d’un monde à un autre, dans certains cas ils réapparaissent dans le même monde. Dans le sens des aiguilles d’une montre ces douze scènes sont : (1) un homme aveugle avec une canne, (2) un potier avec un tour et des pots, (3) un singe grimpant à un arbre en fleurs, (4) un bateau avec quatre passagers, l’un d’entre-eux à la barre, (5) une maison vide, (6) un homme et une femme enlacés, (7) un homme avec une flèche dans l’œil, (8 ) une femme offrant à boire à un homme assis, (9) un homme récoltant les fruits d’un arbre, (10) une femme enceinte, (11) une femme en train d’accoucher et (12) un homme emportant un cadavre vers le lieu de crémation.

La Roue est agrippée par-derrière par un monstre effrayant, mi-démon, mi-bête. Sa tête regarde par-dessus la Roue. Il a trois yeux, de longs crocs, et porte une couronne de crânes. De chaque côté de la Roue apparaît son pied crochu, et sa queue pend en bas. Tout ceci forme donc la Roue de la Vie, tournant sans cesse.

Mais il y a quelque chose de plus. Au-dessus de la Roue, il y a un personnage en robe jaune, qui montre du doigt. Il montre un espace situé entre le septième et le huitième segment du cercle extérieur de la Roue, l’espace situé entre l’image de l’homme avec une flèche dans l’œil et l’image de la femme offrant à boire à un homme assis. Là, sortant de cet espace, nous voyons la deuxième chose que le Bouddha a vue dans sa vision de l’existence humaine. Ce n’est pas tant un symbole qu’un groupe de symboles. Il semble changer de forme tandis que nous le regardons.

Tout d’abord il ressemble à un chemin, qui s’étend vers le lointain. Il passe, ici entre des champs cultivés, là dans une épaisse forêt. Il traverse des marais et des déserts, de larges rivières et de profonds ravins. Il passe au pied de montagnes imposantes, dont le sommet est couvert de nuages. Finalement, il disparaît à l’horizon. Mais le symbole change. Le chemin semble devenir plus droit, il s’étend verticalement. Le chemin devient une grande échelle, ou un escalier. C’est une échelle qui va du ciel jusqu’à la terre et de la terre jusqu’au ciel. C’est une échelle d’or, d’argent, de cristal. Mais le symbole change encore. L’échelle s’effile, elle devient solide et tri-dimensionnelle, et prend une couleur verte. Elle devient le tronc d’un arbre gigantesque. Sur cet arbre se trouvent des fleurs énormes. Les fleurs du bas de l’arbre sont relativement petites, celles du haut sont beaucoup plus grandes. En haut de l’arbre, brillant comme un soleil, est la plus grande de toutes les fleurs. Dans la corolle de toutes les fleurs sont assis toutes sortes de personnages beaux et radieux : des Bouddhas, des Bodhisattvas, des Arahants, des Dakas et des Dakinis.

Voici donc ce que vit le Bouddha, assis sous l’arbre de la Bodhi. C’est sa vision de l’existence humaine, communiquée par des concepts et des symboles. La signification de sa vision est très claire. C’est une vision de possibilités. C’est une vision d’alternatives. D’un côté, il y a le type de conditionnalité cyclique, de l’autre, le type de conditionnalité spiral. D’un côté, il y a l’esprit réactif, de l’autre, l’esprit créatif. On peut soit stagner, soit croître. On peut soit rester assis et accepter la boisson des mains de la femme, soit refuser la boisson et se mettre sur ses deux pieds. On peut soit continuer à tourner passivement et sans espoir sur la Roue, soit suivre le Chemin, monter l’échelle, devenir la plante, devenir les fleurs. Notre destin est entre nos mains.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mer 6 Juil - 19:58

La Roue de la Vie est dessinée sur les murs des temples et des monastères, ainsi que sur des rouleaux peints. Mais la Roue de la Vie n’est pas une peinture. C’est quelque chose de très différent. Je vais donc vous demander de regarder à nouveau la Roue de la Vie, et de ne pas seulement la regarder, mais de regarder dedans, car la Roue de la Vie est en fait un miroir. La Roue de la Vie est un miroir dans lequel nous nous voyons.

Nous pourrions même dire que la Roue de la Vie est faite non pas de quatre cercles concentriques, mais de quatre miroirs, chacun d’entre eux étant plus grand que le précédent. Ou bien nous pourrions dire que nous nous regardons quatre fois dans le miroir, et à chaque fois que nous regardons, nous voyons une plus grande part de nous-même. La Roue de la Vie est un miroir magique, voire une boule de cristal dans laquelle nous pouvons regarder. Regardons donc maintenant dans ce miroir, dans cette boule de cristal.

La première fois où nous regardons dans le miroir, nous voyons trois animaux : le coq, le serpent et le cochon. On nous enseigne, généralement, qu’ils représentent les "trois poisons mentaux" de l’avidité, de l’aversion et de l’ignorance et que ceux-ci sont présents dans nos cœurs. Mais avec ceci, si j’ose dire, nous nous en tirons à trop bon compte. Cette sorte d’explication représente une forme de rationalisation défensive. C’est, après tout, un choc beaucoup plus grand lorsque nous regardons dans le miroir et voyons, réellement, non pas le visage présumé humain auquel on s’attendait mais la tête d’un oiseau (un coq), la tête d’un reptile (un serpent) et la tête d’un animal (un cochon). Dans le miroir, c’est tout ce que nous voyons. C’est nous. En d’autres termes, nous avons une expérience directe de notre propre nature animale : nous ne sommes qu’un animal, qu’une bête même. Nous voyons que nous ne sommes pas aussi humain, pas aussi civilisé que nous l’avions pensé. Cette réalisation est le début de la vie spirituelle. Nous nous voyons tels que nous sommes vraiment, au plus profond de nous-même. Nous nous voyons tel que nous sommes, nous nous acceptons tel que nous sommes, et nous partons de là.

Partir de là signifie pour commencer regarder une seconde fois dans le miroir, après avoir récupéré de notre premier regard. Cette fois-ci, en y regardant, nous voyons deux chemins. Un chemin monte, l’autre descend. Un chemin est blanc, l’autre est noir. En d’autres termes nous voyons que nous sommes face à une alternative : monter ou descendre, évoluer ou régresser. C’est aussi simple que cela, et le choix est devant nous. Le choix est devant nous à toutes les minutes de la journée : dans toutes les situations dans lesquelles nous nous trouvons, nous devons décider si nous allons monter ou descendre, si nous allons suivre le chemin blanc ou le chemin noir. C’est à nous de décider.

Supposons qu’après y avoir bien réfléchi nous décidions de monter, de suivre le chemin blanc, d’évoluer. Alors apparaît la question suivante : que devons-nous faire pour évoluer ? De quoi est fait le prochain pas ? La nature du prochain pas dépend de là où nous sommes à présent. Pour savoir où nous sommes à présent, regardons une troisième fois dans le miroir.

Parfois, lorsque nous regardons dans le miroir, cette troisième fois, nous voyons un visage heureux, souriant et joyeux : nous voyons le visage d’un dieu. Parfois nous voyons un visage agressif, en colère : le visage d’un titan. Parfois nous voyons un visage famélique, les yeux vides, la bouche pincée et l’expression insatisfaite : le visage d’un esprit affamé. En d’autres occasions nous voyons un visage malheureux, misérable, voire tourmenté : le visage d’une personne en enfer. Parfois encore, quand nous regardons, nous voyons une tête avec un long museau, ou des moustaches, ou de grandes dents affilées : la tête d’un animal. Parfois quand nous regardons dans le miroir nous ne voyons qu’un visage humain ordinaire. Mais quel que soit ce que nous voyons dans le miroir, à n’importe quel moment, c’est nous-mêmes que nous voyons.

Dans des représentations de la Roue de la Vie, six Bouddhas apparaissent dans les six mondes, un Bouddha dans chaque monde. Ces Bouddhas sont tous des manifestations du Bodhisattva Avalokitesvara. Avalokitesvara est le Bodhisattva qui incarne l’aspect de compassion de l’expérience de l’Eveil. Chacun de ces six Bouddhas, chacune de ces six manifestations d’Avalokitesvara, tient un objet particulier. L’objet particulier que tient chaque Bouddha est quelque chose dont ont besoin les êtres du monde dans lequel il apparaît. On pourrait aussi dire que cet objet indique le prochain pas que doit faire une personne dans un certain état d’esprit.

Dans le monde des dieux apparaît un Bouddha blanc. L’objet qu’il tient est un vina, un luth, avec lequel il joue la mélodie de l’impermanence. Ceci signifie que lorsque nous sommes dans un état d’appréciation esthétique, la prochaine étape est de nous rappeler qu’elle ne dure pas. Nous devons nous rappeler que de telles appréciations esthétiques, aussi grandes soient-elles, ne doivent pas être confondues avec le bonheur suprême du nirvana : quoique pour le moment les choses semblent aller bien, quoique nous semblions être heureux, satisfait, content, joyeux, ravi, nous n’avons pas encore atteint le nirvana. Le nirvana est en fait toujours loin de nous.

Ceci nous amène à un point sur lequel la tradition insiste beaucoup. Ce point est que le bonheur prolongé peut être spirituellement dangereux, voire désastreux. Si nous sommes tout le temps heureux, si nous obtenons toujours ce que nous voulons, si nous n’avons jamais aucun problème, alors nous avons tendance à devenir auto-satisfait, content de nous, voire insouciant et inattentif ; nous avons tendance à oublier que nous sommes mortel, que la vie est courte, que le temps est précieux. Ceci s’applique à l’appréciation des arts et même à l’appréciation de l’expérience hautement esthétique de la méditation elle-même. Nous devons si l’on peut dire continuer à progresser vers l’expérience du Transcendantal, même lors des moments les plus élevés — ici esthétiques — de notre expérience mondaine.

Il est intéressant de remarquer que le Bouddha, dans le royaume des dieux, n’est pas en train de faire un discours sur l’impermanence, mais plutôt qu’il est en train de jouer la mélodie de l’impermanence sur un luth. Les dieux, ou les personnes dans l’état d’esprit des dieux, sont dans un état de haute expérience esthétique qui, bien qu’étant, il faut l’admettre, un état élevé, est néanmoins un état quelque peu auto-satisfait et suffisant. Le Bouddha blanc les éveille à des vérités et à des réalités Transcendantales plus élevées : la mélodie de l’impermanence communique réellement le message de l’impermanence. Mais il ne le fait pas à l’aide d’un moyen philosophique, religieux ou intellectuel : il le fait à l’aide d’un moyen artistique.

Dans le monde des asuras se tient un Bouddha vert, brandissant une épée enflammée. Cette épée est l’épée de la Sagesse Transcendantale. Ceci signifie que lorsque nous sommes dans un état de compétition et d’agressivité, l’étape suivante est le développement d’une vision pénétrante intellectuelle de la Vérité et de la Réalité.

La personne-asura, le titan, l’ennemi des dieux, est dominée par la haine. Selon la tradition, la haine a une affinité avec la Sagesse, ou, plutôt, la Sagesse a une affinité avec la haine. Si vous avez beaucoup de colère et de haine, vous pouvez, aussi étrange que cela puisse paraître, développer assez facilement la Sagesse. Ce n’est pas la sagesse dans le sens ordinaire de la connaissance intellectuelle, mais la Sagesse dans le sens de la pénétration intellectuelle dans la Vérité et dans la Réalité, qui est une expérience spirituelle. La caractéristique de la haine est qu’elle cherche à détruire l’objet haï. Si, réellement, vous haïssez quelque chose, vous voulez la détruire, l’écraser ; si, réellement, vous haïssez une personne, vous voulez l’annihiler, en terminer avec elle, faire le vide là où elle se tient ! Peut-être ne reconnaîtrez-vous pas toujours cela, mais c’est parfois ce que vous aimeriez faire à quelque chose ou à quelqu’un que vous haïssez. La caractéristique de la haine est de détruire et de tuer, au sens le plus large du terme. La caractéristique ou la fonction de la Sagesse Transcendantale est aussi de détruire et de tuer. La Sagesse Transcendantale cherche à détruire tout ce qui est non réel ou illusoire ; elle cherche à briser tout ce qui est sur son chemin, tout ce qui n’est pas la Réalité, n’est pas la Vérité. La Sagesse Transcendantale est symbolisée par la foudre, car il est dit que la foudre est la chose la plus puissante de l’univers, capable de détruire tout obstacle. Le Vajracchedika Prajña Pramita Sûtra, le célèbre Sûtra du Diamant, est littéralement le discours sur la Perfection de la Sagesse qui coupe comme la foudre, ou comme le diamant. C’est par cette caractéristique commune de destruction, dans un cas défavorable et dans l’autre cas hautement favorable, que nous trouvons cette affinité entre haine et Sagesse Transcendantale.

Nous voyons en fait que les gens au tempérament coléreux ont souvent un intellect bien développé, pour ne pas dire très développé. Je dois très franchement dire que j’ai remarqué cela chez les savants. De tels savants, qui sont souvent spécialisés dans les études et écrivent, d’un point de vue érudit, beaucoup de choses concernant l’amour, la méditation, les expériences spirituelles élevées, et ainsi de suite, ont presque toujours mauvais caractère et sont prêts à se quereller, en particulier entre eux.

Il semble que la très grande énergie que l’on trouve dans la haine puisse être détournée dans des canaux purement intellectuels, et utilisée pour la découverte et la réalisation de la vérité. La personne de type asura peut non seulement lutter contre les dieux, mais elle peut, si l’on peut dire, lutter contre la vérité elle-même et la conquérir, au moins sous une approche intellectuelle. Et elle peut faire ceci plus efficacement que d’autres personnes avec qui il est peut-être plus facile de s’entendre.

Dans le monde des pretas, des esprits affamés, se tient un Bouddha rouge. Il arrose les esprits affamés de nourriture et de boisson qu’ils peuvent réellement consommer. Ceci signifie que lorsque nous sommes dans un état de désir névrotique, le prochain pas à faire est de retourner à l’objectivité, qui est aussi retourner au présent. Nous devons voir ce que l’objet désiré est réellement capable de nous donner, et ce qu’il ne peut pas nous donner. Nous devons voir ce que nous désirons réellement : s’agit-il réellement ou non de l’objet désiré ? Nous devons voir d’où vient le désir. Finalement nous devons soit donner au désir sa véritable satisfaction, soit simplement le faire disparaître.

Dans le monde des êtres tourmentés se tient un Bouddha couleur de fumée. Il régale les êtres en enfer d’amrita, de nectar, d’ambroisie. Ceci a deux significations qui sont un peu contradictoires. Une signification est bien plus profonde que l’autre. La signification la moins profonde est que lorsque nous sommes dans un état de souffrance intense, et en particulier de souffrance mentale, le prochain pas est de trouver quelque repos hors de cette souffrance : nous devons trouver quelque forme de détente, de relaxation. Pour beaucoup de gens c’est ce qu’ils peuvent faire de mieux dans ces circonstances ; très souvent, quand les gens sont dans un état d’intense souffrance mentale, la seule chose à laquelle ils peuvent penser est un répit.

La signification plus profonde, qui est meilleure et constitue un plus grand défi, est liée au mot amrita. Amrita est souvent traduit par nectar ou ambroisie, mais dans de nombreux textes bouddhiques c’est aussi un synonyme de nirvana. Le nirvana est souvent décrit comme l’amritapada, l’état sans mort ou éternel, l’état d’ambroisie. Le Bouddha couleur de fumée donne aux êtres en enfer non seulement l’ambroisie, mais le nirvana. Ceci signifie que lorsque nous sommes dans un état de souffrance intense, la prochaine étape est l’atteinte du nirvana. C’est comme si nous ne pouvions rien faire d’autre de notre souffrance que d’aller, si l’on peut dire, directement au nirvana. Il n’y a pas d’autre espoir pour nous : tout espoir mondain s’en est allé. C’est comme s’il existait même une affinité entre souffrance mentale intense et possibilité d’un accomplissement spirituel élevé.

Dans le monde des animaux se tient un Bouddha bleu. Il montre un livre aux animaux. Ceci signifie que lorsque nous sommes dans un état de barbarie et de sauvagerie, état représenté par les animaux, notre prochaine étape est simplement de devenir civilisés, d’apprendre à connaître les arts et les sciences, la vie culturelle de l’humanité, car ces choses ont une tendance à raffiner et qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’aller directement d’un état de barbarie, d’un état de sauvagerie mentale, vers la vie spirituelle.

Enfin, dans le monde des hommes se tient un Bouddha couleur de safran. Il porte un bol à aumônes et un bâton à trois anneaux, qui sont les insignes du religieux mendiant et donc de la vie spirituelle en général. Cela signifie que lorsque nous sommes dans un état réellement humain, le prochain pas à faire est de nous vouer de tout notre cœur à la tâche du développement spirituel : une fois que nous avons atteint l’état humain, ceci devrait être notre principal intérêt dans la vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 12 Juil - 13:53

Les douze maillons (nidanas) de la coproduction conditionnée représentent l’application du principe philosophique général de conditionnalité universelle au processus de renaissance.

Le pratitya-samutpada, ou coproduction conditionnée, traite de production ou d’origine, et consiste en douze nidanas, ou maillons, en série ou en chaîne. Chacun de ces douze maillons apparaît en dépendance du précédent, ou est conditionné par celui-ci. Voilà pourquoi l’on parle de coproduction conditionnée, ou d’origine en dépendance de ces maillons, se succédant l’un après l’autre, dans la séquence.

Le premier nidana est l’avidya, ou l’ignorance. Ce nidana est d’une certaine façon le plus important de tous les nidanas. L’avidy n’est pas tant l’ignorance dans le sens intellectuel que le manque ou la privation de la prise de conscience spirituelle, voire de la conscience spirituelle et de l’être spirituel. L’avidya, dans ce sens, est l’antithèse directe de la Bodhi, de l’Eveil. La Bodhi est le but de tout le processus de l’évolution, et particulièrement tout le processus de l’évolution supérieure. De la même façon, l’avidya représente tout ce qui s’étend derrière nous, ou en dessous de nous, dans ce processus d’évolution. Si l’Eveil représente le but, alors l’ignorance représente les profondeurs d’où nous venons.

Plus spécifiquement, l’avidya est faite de diverses vues fausses. Il y a par exemple la vue fausse qui consiste à voir le conditionné en tant qu’Inconditionné — penser que toute chose phénoménale peut durer pour toujours. Ce n’est bien sûr pas une conviction intellectuelle, mais une supposition inconsciente : nous nous comportons comme si certaines choses allaient durer pour toujours ; nous nous y attachons donc, et sommes malheureux quand, finalement, nous devons y renoncer.

Par-dessus tout, l’absence de prise de conscience spirituelle inclut l’ignorance de la loi de la conditionnalité universelle elle-même.

Selon la formule trouvée dans les textes, en dépendance de l’ignorance apparaissent les activités formatrices. Samskra signifie littéralement "préparation" ou "mise en place". Le mot veut dire volitions ou actes de volonté. Dans ce contexte le mot est utilisé pour signifier l’agrégat des conditions mentales qui, selon la loi du karma, sont responsables de la production, ou de la préparation, ou de la mise en place, du premier moment de conscience dans une "nouvelle" vie. Dans ce contexte le mot samskaras est souvent traduit par "activités formatrices".

Les samskras sont essentiellement des actes de volonté liés à différents états d’esprit. Ces états d’esprit peuvent être soit "favorables", soit "défavorables". Les états mentaux défavorables sont ceux qui sont dominés par l’avidité, par la haine et par la confusion mentale. Les états mentaux favorables sont dominés par la générosité, l’amour et la clarté d’esprit. Tous ces actes de volonté peuvent être exprimés par le corps, par la parole et par l’esprit.

Les actes de volonté qui prennent leurs racines dans des états mentaux défavorables ont pour résultat ce qui est appelé de façon populaire une "mauvaise renaissance" ; ceux qui prennent leurs racines dans des états favorables ont pour résultat une "bonne renaissance". Il est cependant important de noter que toutes deux prennent en fin de compte leur source dans l’ignorance. Le désir d’une bonne renaissance, ou même l’effort en vue d’une bonne renaissance, est autant un produit de l’ignorance dans le sens spirituel que les actions qui mènent à une mauvaise renaissance, car le but n’est pas la renaissance, pas même une bonne renaissance. Le but est l’émancipation complète du cycle de l’existence conditionnée lui-même, du cycle de la naissance, de la mort et de la renaissance.

Le Bouddha donne une comparaison très pertinente de la relation entre ignorance et activités formatrices. Il dit que l’état d’ignorance est comme l’état d’ébriété, et que les samskaras sont comme les actions que vous accomplissez dans cet état. En fait, il dit que la plupart des gens, dans leurs actions quotidiennes ordinaires et même dans leurs actions religieuses conventionnelles, ne sont pas mieux, d’un point de vue spirituel, que des hommes ou des femmes ivres se comportant sottement de diverses manières. Ceci est réellement l’état de la plupart d’entre-nous. Nous sommes ivres car nous sommes "dépassés" par cette absence de prise de conscience spirituelle, et tout ce que nous faisons, disons ou pensons est d’une façon ou d’une autre le produit de cette absence de prise de conscience spirituelle. Quand un homme est saoul, tout ce qu’il fait et tout ce qu’il pense peut lui sembler clair et sage, mais n’est en fait que l’expression de son état d’ébriété ; exactement de la même façon, nous pouvons faire, dire et penser toutes sortes de choses, nous pouvons nous complaire dans toutes sortes d’activités charitables, dans toutes sortes de pratiques religieuses, mais tout cela est à la base l’expression d’une absence de prise de conscience spirituelle.

En dépendance des activités formatrices apparaît la conscience.Ce n’est pas la conscience en général, mais la conscience dans le sens spécifique de "conscience re-liante". Elle est appelée ainsi car elle re-lie la personne, ou la psyché, à l’organisme de la nouvelle vie.

Pour que la conception d’un être humain prenne place, trois facteurs sont nécessaires. Tout d’abord, il doit y avoir une relation sexuelle. Ensuite, cela doit pour la femme être la bonne période. Enfin, il doit y avoir ce que les textes décrivent de façon populaire comme "l’être à renaître". "L’être" représente ici le dernier moment de la conscience appartenant à l’existence précédente — en d’autres termes, la conscience re-liante. Selon certaines écoles, il n’y a pas d’intervalle entre la mort et la renaissance suivante. Mais d’autres écoles enseignent qu’il y a entre les deux un état intermédiaire (ceci est décrit dans Le livre tibétain des morts).

À ce point apparaît une question très importante : qui, ou qu’est-ce qui, renaît ? C’est une question souvent posée. Les gens aiment poser des questions difficiles et, en particulier lorsque vous avez parlé de l’anatman (en pali : anatta, la doctrine du non-soi ou de la non-âme), ils demandent : "S’il n’y a pas de soi, qui ou qu’est-ce qui renaît ?"

Il y a deux extrêmes à éviter. Un extrême est de maintenir que la personne dans la vie précédente et la personne dans la vie présente sont la même personne ; si quelqu’un renaît c’est le même Thomas, Richard, Harry, Gertrude ou Marie que celui que l’on avait avant, c’est toujours le même esprit dans un nouveau corps. Ce genre de croyance est par exemple exprimé dans la Bhagavad-Gita où Sri Krishna dit : "Qu’est-ce que la renaissance ? C’est comme un changement de vêtements. Tout comme, lorsque vous vous levez le matin, vous décidez de porter de nouveaux vêtements, vous laissez de côté le vieux corps et en prenez un nouveau." Vous, vous-même, si l’on peut dire, restez inchangé.

L’autre extrême est de maintenir que la personne dans la vie précédente et la personne dans la vie présente sont des personnes très différentes. Selon cette position, le conditionnement venant du corps est si fondamental que vous ne pouvez pas parler de la même personne : c’est une personne entièrement différente. Les deux extrêmes sont donc que la personne qui renaît est la même que celle qui est morte, ou bien qu’elle est différente de celle qui est morte.

Il est inutile de se demander si c’est la même personne ou si c’est une personne différente qui renaît. Celle qui renaît n’est ni la même ni différente de celle qui est morte. Pour le dire de façon paradoxale, c’est qu’il y a une renaissance mais que personne ne renaît.

C’est pour cette raison que j’évite les termes tels que réincarnation. L’incarnation, c’est l’entrée dans un corps ; la réincarnation, c’est l’entrée dans un corps, à nouveau. Le terme réincarnation implique, comme dans le cas du passage de la Baghavad-Gita auquel je me suis référé, que vous avez une petite âme (ou un soi fixe) qui saute d’un corps à l’autre, elle-même restant inchangée. Le terme correct est punarbhava, qui veut dire "devenir à nouveau", ou "re-devenir" — et pas même "renaissance".

En dépendance de la conscience apparaît le nom-et-forme (nama-rupa). Ici, le nama-rupa signifie simplement le corps physique et les trois autres agrégats mentaux de sensation, perception et volitions.

En dépendance du nom-et-forme apparaissent les six bases (en sanskrit : sadayatana ; en pali : salayatana). Les six bases sont simplement les cinq organes physiques des sens et l’esprit qui est traité comme une sorte de sixième sens, voire de sixième organe des sens. Elles sont appelées les six bases parce qu’elles constituent les bases de notre expérience du monde extérieur.

En dépendance des six bases apparaît le contact (en sanskrit : sparsa ; en pali : phassa). Ceci représente l’impact mutuel entre l’organe et l’objet approprié. L’œil, par exemple, entre en contact avec une forme visuelle, ce qui donne naissance au contact de l’œil. De la même façon les cinq autres sens entrent en contact avec leurs objets des sens respectifs.

En dépendance du contact apparaît la sensation (vedana). En ce qui concerne son origine, la sensation a six formes, selon qu’elle provient du contact de l’œil, du contact de l’oreille, etc. À son tour, chacune de ces sensations a trois formes, à savoir plaisante, douloureuse ou neutre.

En dépendance de la sensation apparaît l’avidité (en sanskrit : trsna ; en pali : tanha). La trsna, l’avidité ou la soif, est de trois sortes : la kama-trsna, la bhava-trsna, et la vibhava-trsna. La kama-trsna est l’avidité d’expériences sensuelles. La bhava-trsna est l’avidité de la continuation de l’existence, en particulier de la continuation de l’existence au paradis, après la mort. La vibhava-trsna est l’avidité de l’annihilation ou de la mort. Cette étape particulière, dans laquelle l’avidité apparaît en dépendance des sensations, est une étape très importante, voire l’étape cruciale de toute la série, car c’est là, si l’on est capable de ne pas réagir à la sensation par l’avidité, que la chaîne peut être brisée.

En dépendance de l’avidité apparaît l’appropriation (upadana). Il est intéressant de noter qu’il y a quatre sortes d’appropriation. Généralement nous ne pensons qu’en termes d’appropriation des choses matérielles, des plaisirs et des possessions. Ceci est en fait la première sorte d’appropriation : l’appropriation des plaisirs sensuels, c’est-à-dire l’appropriation des expériences plaisantes venant par l’œil, par l’oreille, par le nez, etc. Nous savons tous ce qu’elles sont, et il n’y a pas besoin d’entrer dans les détails.

Mais ensuite, en deuxième place, il y a l’appropriation des drstii. Drsti signifie littéralement "vues", mais signifie aussi opinions, spéculations, croyances, incluant toutes sortes d’opinions philosophiques et religieuses. Ceci est très significatif. L’appropriation de nos propres croyances et convictions est malsaine. Ce n’est pas que vous ne deviez pas avoir des croyances, mais vous ne devez pas y être attaché. Vous pourriez demander : "Comment pouvez-vous dire si vous êtes attaché à vos croyances ?" C’est en fait assez facile à dire. Très souvent, lorsque vous êtes engagé dans une discussion avec quelqu’un et que vous contestez ce qu’il dit — vous refusez de l’accepter, vous voulez le discuter — il se sent vexé ou se met même en colère. Si quelqu’un se comporte ainsi, ce n’est pas que ses opinions soient intrinsèquement ou objectivement justes ou fausses, mais c’est qu’il y est attaché. C’est cette appropriation qui est mauvaise. L’appropriation est une entrave qui nous lie à la roue de la naissance et de la mort. C’est une chose qu’il est très salutaire de se rappeler. Bien sûr, acceptez le karma et la renaissance, acceptez l’enseignement des cinq agrégats, acceptez l’enseignement au sujet de la méditation. Oui, acceptez tout cela. Essayez de le mettre en pratique. Mais ne vous y attachez pas : ne vous y cramponnez pas d’une manière telle que si quelqu’un vous questionne ou vous conteste, vous vous sentiez menacé et vous réagissiez d’une façon hostile et froide.

Troisièmement, il y a l’appropriation du sila et des vrata. sila veut dire éthique, et vrata observances religieuses. Une fois encore, ce n’est pas que ces choses soient nécessairement mauvaises en elles-mêmes, ce n’est pas que vous ne deviez pas vous comporter de manière éthique, que vous ne deviez pas pratiquer. Mais ne vous y cramponnez pas ; ne vous attachez pas à votre propre pratique des préceptes, ne pensez pas que c’est un but en soi, ne pensez pas qu’en les pratiquant vous vous différenciez des autres gens. Les pratiques elles-mêmes sont bonnes, tout comme l’étaient les croyances et les convictions, mais l’appropriation de ces pratiques, la partialité en leur faveur n’est pas bonne : c’est tout à fait mauvais.

Et, quatrièmement, il y a l’appropriation de la croyance en un soi permanent non changeant, ou âme.

En dépendance de l’appropriation apparaît le devenir (bhava). Bhava est la vie, ou l’existence, à n’importe quel niveau, en tant que conditionnée par notre appropriation.

En dépendance du devenir apparaît la naissance (jati).

En dépendance de la naissance apparaissent la décrépitude et la mort (jara-marana). Une fois que vous êtes né, rien sur cette terre ne peut vous empêcher de tomber en décrépitude, et finalement de mourir.

Voici les douze nidanas, les douze maillons de la coproduction conditionnée. Ils forment une série d’exemples concrets du principe universel de la conditionnalité, en particulier lorsque ce principe est appliqué au processus de la renaissance.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mar 12 Juil - 17:51

Le moine sorti un parchemin de sous sa robe et le déplia :

Voici une représentation de cette roue de la vie

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Mer 13 Juil - 22:59

Les deux premiers nidanas, ignorance et activités formatrices, sont ensemble appelés le "processus causal de la vie précédente". En d’autres termes, notre ignorance spirituelle primordiale et nos actions passées accomplies lors d’existences précédentes et basées sur cette ignorance, ont été la "cause" de notre retour dans cette nouvelle existence, dans notre vie présente.

Les cinq nidanas suivants forment ensemble ce que l’on appelle le "processus d’effet de la vie présente". En d’autres termes, ici, dans notre vie présente, la conscience apparaissant dans l’utérus de la mère, les six sens, le contact et les sensations sont tous l’ "effet" de l’ignorance et des activités basées sur l’ignorance, durant la vie précédente.

Les trois nidanas suivants, avidité, appropriation et devenir, constituent le "processus causal de la vie présente". Alors que les cinq nidanas précédents étaient tous des "effets" d’actions précédentes, ces trois nidanas sont tous des "causes" : ils produisent des actions qui doivent porter des fruits dans le futur, soit dans cette vie, soit dans une vie future.

Les deux derniers nidanas, naissance, et vieillissement et mort, constituent le "processus d’effet de la vie future". Du fait de l’ "effet" de nos actions dans cette vie nous renaîtrons, vieillirons et mourrons dans une vie future.

Quand nous tournons ainsi le long du cercle extérieur de la Roue de la Vie, nous voyons comment les douze nidanas se répartissent sur trois vies. Nous voyons comment, du fait de notre ignorance originelle et d’activités basées sur l’ignorance, la graine de la conscience réapparaît dans une nouvelle existence. Cette graine se développe en un organisme psychophysique complètement nouveau. Cet organisme psychophysique est doué des six sens, qui entrent en contact avec les six objets des sens. Résultant de ce contact, des sensations apparaissent. Quand les sensations apparaissent, nous commençons à désirer, puis essayons de nous attacher à celles qui sont plaisantes, tout en rejetant celles qui ne le sont pas. Ainsi, par le biais de l’existence conditionnée, nous grandissons et nous précipitons dans une autre vie future, qui est elle aussi sujette au vieil âge, à la maladie et à la mort.

Puisque nous avons cette alternance dans le contexte de trois vies, nous voyons qu’il y a trois points où un type de processus change en un autre. Ces trois points sont appelés les trois points de jonction, ou sandhis.

C’est le deuxième de ces trois points de jonction qui nous intéresse ici. Ce deuxième point de jonction, entre sensation et avidité, est important car il représente le point d’intersection entre les types de conditionnalité cyclique et progressif. C’est le point d’intersection entre le Cercle et la Spirale. C’est le point où soit nous allons complètement "de travers" et faisons encore un tour du Cercle, soit nous commençons à aller droit et à monter le long de la Spirale. Examinons ce point de jonction d’un peu plus près et essayons de voir ce qui s’y passe.

Supposons que nous soyons assis à ne rien faire ; il n’y a pas besoin d’aller plus loin que cela. Sans cesse, diverses sensations apparaissent en nous. Ces sensations sont soit plaisantes, soit douloureuses, soit neutres. Dans la plupart des cas nous réagissons aux sensations plaisantes par l’avidité : nous essayons de nous y attacher, nous voulons les faire durer, nous ne voulons pas les perdre. Si nous avons une expérience plaisante, notre tendance naturelle est d’essayer de la répéter. C’est l’erreur fatale que nous faisons toujours. Laisser la sensation apparaître puis disparaître ne nous satisfait jamais. Si les sensations ne sont pas plaisantes, ou sont douloureuses, ou sont au moins insatisfaisantes, alors de façon instinctive, on pourrait presque dire compulsive, nous essayons de les rejeter. Nous ne voulons rien avoir à faire avec elles. Nous essayons d’y échapper. C’est l’aversion. Si nous sommes confrontés à une sensation qui n’est ni plaisante ni douloureuse, alors, simplement, nous sommes confus. Nous ne savons pas s’il nous faut la prendre ou la rejeter. Ceci, en d’autres termes, est la confusion.

Nous réagissons sans cesse d’une de ces trois façons à toutes les impressions, à toutes les sensations, à toutes les expériences qui affectent notre conscience, continuellement et de tous côtés, à travers les cinq sens et à travers l’esprit. Nous réagissons dans cet ordre cyclique : en dépendance des sensations apparaît l’avidité, ou l’aversion, ou la confusion, selon le cas. De cette manière, un "processus d’effet" est suivi d’un "processus causal", la Roue de la Vie fait encore un tour, et toutes les conditions sont créées, ou recréées, pour une nouvelle renaissance. Ce point précis, où l’avidité apparaît en dépendance des sensations, est l’endroit où tout cela se passe.

Supposons, cependant, que nous ne réagissions pas de la façon que j’ai décrite. Supposons que lorsque les sensations surviennent nous ne réagissions pas avec avidité, aversion ou confusion. Supposons que nous puissions arrêter ce processus. Alors, nous atteignons l’Eveil. Alors, l’existence mondaine et conditionnée cesse et seul reste le Transcendantal. Ceci, bien sûr, est plus facile à dire qu’à faire.

On peut généralement dire qu’il y a deux manières de s’assurer que la sensation n’est pas suivie de l’avidité, de s’assurer que la Roue ne fait pas un autre tour. Il y a une "manière soudaine" où la Roue est brisée d’un seul coup, si l’on peut dire, et une "manière progressive" dans laquelle la Roue est progressivement ralentie : un frein est doucement appliqué, amenant lentement la Roue à un arrêt complet.

La "manière soudaine" peut être résumée par cette citation du Bouddha : "Dans le vu, rien que le vu. Dans l’entendu, rien que l’entendu. Dans le touché, rien que le touché. Dans le goûté, rien que le goûté. Dans le senti, rien que le senti. Dans le pensé, rien que le pensé."

Le Bouddha dit en fait : "Ne réagis pas". "Dans l’entendu, rien que l’entendu". Si un son frappe vos tympans, ce n’est qu’un son. Vous ne devez pas réagir à ce son, que vous l’aimiez ou que vous ne l’aimiez pas, que vous vouliez qu’il continue ou que vous vouliez qu’il cesse. De façon similaire, ne réagissez pas "au vu", "au goûté", "au touché", "au senti", "au pensé". Laissez l’expérience pure être là. Ne faites pas de cette expérience la base d’une réaction dans l’ordre cyclique. Si vous pouvez faire cela, vous êtes Eveillé sur-le-champ, vous arrêtez la révolution de la Roue.

Vous pensez peut-être que cette "manière soudaine" est impossible. Pour la plupart d’entre-nous, donc, sinon pour nous tous, il vaut mieux essayer la "manière progressive".

La "manière progressive" peut être expliquée dans les termes du "chemin octuple", dans ceux des "sept étapes de la purification", dans ceux des "dix bhmis", etc. Elle est peut-être expliquée de la meilleure façon dans les termes des "douze maillons positifs". Ceux-ci constituent, psychologiquement et spirituellement, les étapes successives du chemin ou le mouvement progressif de conditionnalité en spirale qui s’éloigne du Cercle, c'est-à-dire "le chemin en spirale".
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Jeu 14 Juil - 17:21

Nous allons ici regarder, un peu brièvement, les douze étapes du chemin spirituel, chaque étape apparaissant en dépendance de celle qui la précède, étant conditionnée par celle-ci.

Nous allons prendre ces étapes une par une et essayer de comprendre ce qu’elles représentent. Cependant, nous devons tout d’abord insister sur le fait que chacune de ces étapes représente une expérience spirituelle dans un processus de transition vers une autre expérience, plus avancée. Les expériences ne sont pas fixes et statiques, comme les marches d’un escalier ou les barreaux d’une échelle. Chaque expérience fait à tout instant partie d’un processus de développement vers quelque chose de plus grand qu’elle-même. Nous parlons du chemin spirituel, mais nous ne devons pas être trompé par les métaphores. Le chemin spirituel n’est pas quelque chose de fixe et de rigide, que nous montons simplement. Le chemin lui-même croît, tout comme le fait une plante. Chaque étape passe à la suivante, en un constant mouvement ascendant. Ceci est rendu très clair par la formule utilisée pour décrire les étapes du chemin : en dépendance de A apparaît B.

En dépendance de la souffrance apparaît la foi. C’est ici que commence le chemin spirituel. Nous avons ici deux expériences : l’expérience de la souffrance et une autre expérience qui est appelée l’expérience de la foi. La formule nous dit de plus que la première expérience, la souffrance, donne naissance à la seconde, la foi. La souffrance, ici, n’est pas seulement l’expérience douloureuse personnelle, telle qu’un mal de dents ou une coupure au doigt, ou une déception amère, bien qu’il s’agisse d’expériences douloureuses ; c’est aussi la souffrance dans le sens de l’insatisfaction.

Si une roue de votre chariot est mal ajustée et si vous conduisez votre chariot, votre voyage est cahoteux et inconfortable. Ainsi, l’inconfort apparaît au cours de nos vies quand les choses ne vont pas bien, quand il y a beaucoup de secousses et beaucoup d’inconfort. C’est une disharmonie, une qualité discordante dont nous faisons l’expérience au cours de notre vie quotidienne dans le monde.

Nous savons tous ce que cela signifie. Les choses ne sont jamais entièrement bien. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas, même si c’est un petit quelque chose. Même au cours de la plus belle des journées, il semble que trop souvent un nuage vienne à passer devant le soleil. Vous vous êtes peut-être préparé avec plaisir pour une très belle journée. Vous allez rencontrer quelqu’un que vous appréciez. Les choses vont être si merveilleuses. Et puis un incident absurde se produit et tout va mal. Vous vous sentez alors secoué et en complète discordance, à cause de ce qui est survenu. Très souvent, c’est notre expérience de la vie. Nous constatons que tout ce que nous avions tant attendu échoue et n’est pas à la hauteur de nos attentes. Cette sorte d’expérience est l’insatisfaction ou la souffrance.

Nous commençons alors à être insatisfait. Nous commençons à sentir que rien ne nous donnera de satisfaction durable. Nous avons peut-être essayé toutes sortes de choses : succès mondain, plaisir, confort et luxe, richesse, connaissance. Mais en fin de compte nous les trouvons toutes insatisfaisantes. Il y a en nous une vague agitation. Ce n’est pas que tout le temps nous ressentions réellement de la douleur, mais, simplement, nous ne sommes pas vraiment heureux. Sans cesse, nous ressentons un vague inconfort ; nous ne pouvons pas vraiment nous installer, nous sentons que nous ne sommes pas à notre place.

Alors nous commençons, presque inconsciemment tout d’abord, à chercher quelque chose d’autre, à chercher quelque chose de plus élevé. Tout d’abord, très souvent, nous ne savons pas ce que nous recherchons. C’est la situation paradoxale dans laquelle nous nous trouvons. Nous cherchons, sans savoir ce que nous cherchons. Nous sommes poussé par cette vague agitation à tâtonner dans toutes les directions ; vers quoi, nous ne le savons pas.

Mais finalement, en cherchant ainsi, si l’on peut appeler cela chercher, nous entrons en contact avec quelque chose que, faute d’un meilleur mot, nous appelons « spirituel ». Ce mot, « spirituel », n’est pas un mot que j’aime beaucoup, mais il ne semble pas y en avoir de meilleur. Je l’utilise pour signifier quelque chose de plus haut, quelque chose qui n’est pas de ce monde, voire quelque chose hors de ce monde. Quand nous entrons en contact avec cela, quelle que soit la façon dont cela arrive, cela suscite immédiatement une réponse en nous. Nous avons la sensation, ou au moins une vague sensation, qu’ici se trouve ce que nous avons toujours cherché, même si nous ne le savions pas lorsque nous le cherchions. Cette réponse émotionnelle à ce quelque chose de spirituel, lorsque nous entrons en contact avec lui, est ce qu’on appelle la foi.

Ce n’est pas la foi dans le sens de la croyance, ou dans le sens de croire que quelque chose qui ne peut pas être démontré rationnellement est vrai. Si nous voulons une définition de la foi, nous pouvons dire que c’est « la réponse émotionnelle de ce qui est ultime en nous à ce qui est ultime dans l’univers ». La foi est une réponse intuitive, émotionnelle, mystique même, à ce qui est de valeur ultime.

En dépendance de la foi apparaît la joie. Nous avons trouvé ce que nous cherchions. Nous ne l’avons peut-être pas complètement saisi, mais nous en avons au moins eu un aperçu. Aussi, naturellement, après ce qui a peut-être été une longue période de lutte et de mécontentement, nous sommes content et heureux. Plus que cela, notre contact avec ces valeurs plus élevées a commencé à transformer notre vie.

Le contact n’est pas quelque chose de simplement intellectuel ou théorique ; nos cœurs ont vraiment été élevés vers quelque chose de plus haut et en résultat un changement commence à prendre place dans nos vies. Nous commençons à devenir un tout petit peu moins égocentrique, notre égotisme est un tout petit peu dérangé. Nous commençons à devenir un tout petit peu plus généreux et ouvert. Nous tendons à ne pas nous attacher aux choses de façon aussi compulsive.

Ce qui pourrait être décrit comme la partie la plus basse de notre nature humaine, la partie qui appartient à l’évolution inférieure, commence à venir sous le contrôle conscient de la partie la plus élevée de notre nature humaine, la partie qui appartient à l’évolution supérieure ; les choses telles que la nourriture, le sexe et le sommeil commencent à venir sous le contrôle de cette nature plus haute. Nous commençons à mener une vie plus simple et où nous faisons moins de mal qu’auparavant. Ceci aussi nous rend plus satisfait. Nous nous sentons plus à l’aise avec nous-même et nous ne nous reposons plus autant sur des choses externes : cela nous est égal si nous n’avons pas de belle maison ou de beaux vêtements, etc. Nous sommes beaucoup plus libre, beaucoup plus détaché qu’auparavant. Nous sommes en paix avec nous-mêmes. Nous avons bonne conscience, mais sans suffisance.

Il faut attacher une grande importance à cette étape particulière du chemin, à ce que nous ayons la conscience tranquille, et à ce que nous nous sentions heureux et plein de joie du fait de notre vie spirituelle. La vie spirituelle doit être associée à la joie. Il ne faut pas avoir tendance à penser que pour avoir une vie spirituelle on doit être au moins un peu morne, on doit être sérieux, on doit garder un visage impassible, et certainement ne pas rire parce que ce serait tout à fait malséant. Si vous menez une vie spirituelle, alors vous devriez être plus heureux, plus ouvert, moins soucieux, plus joyeux que les autres.

Si vous avez trouvé cette « chose » précieuse que vous recherchiez, et si elle a réellement commencé à transformer votre vie, alors pourquoi ne seriez-vous pas heureux ?

En fait, il faut attacher tant d’importance à cette étape de joie que si, pour une raison ou une autre, vous la perdez — peut-être avez-vous fait quelque chose que vous n’auriez pas dû faire, et de ce fait devenez tout triste et sérieux et commencez à battre votre coulpe. Cet état de culpabilité et de remords est un état très malsain et plus tôt vous en sortez mieux cela est. Cela ne veut pas dire que vous n’avez rien fait de mal. Vous avez commis une erreur. Il vaut mieux l’admettre, pour essayer de se rattraper, et pour ne pas la refaire. Mais une fois que vous avez compris cela et avez essayé de le rectifier, il vaut mieux vous l’ôter de votre esprit. Avancez, simplement, et laissez votre erreur derrière vous. Cela ne vous fera absolument aucun bien de l’emmener avec vous.

Si vous sentez le poids d’une faute que vous avez commise, allez simplement dans un endroit calme, réfléchissez à tout cela et dites-vous : « Eh bien, j’ai été bien stupide. Vraiment, je n’aurais pas dû faire cela. Je suis réellement très désolé. Je ne le ferai plus. » Puis, essayez de fixer votre esprit afin de vous souvenir de l’Idéal. Allumez peut-être aussi quelques bougies et brûlez de l’encens. De cette façon vous purgez votre esprit de la sensation de culpabilité. Vous restaurez votre état de conscience tranquille et de joie.

En dépendance de la joie apparaît le ravissement. Même la joie n’est pas suffisante. On pourrait bien dire « extase », car c’est une émotion si puissante que son expérience n’est pas seulement mentale, mais est aussi physique. Nous savons tous que lorsque nous sommes profondément ému par une expérience, qui peut être liée à des relations humaines, ou à l’art, comme lorsque nous écoutons une merveilleuse musique remarquablement jouée, ou à la nature, comme lorsque nous regardons un beau coucher de soleil, alors il arrive parfois qu’il n’y ait pas seulement une émotion, quelque chose de mental, mais qu’en même temps il y ait des impulsions physiques. Nous pouvons être si ému que nos cheveux se dressent sur notre tête. Certains versent des larmes. C’est une expérience psychophysique extrême de ravissement, de félicité, d’extase, et c’est ce genre d’expérience qui est généré lorsque nous suivons le chemin.

En dépendance du ravissement apparaît le calme, l’apaisement ou la pacification de tous les effets secondaires physiques du ravissement. Nous avons vu que le ravissement, ou l’extase, qui apparaît à l’étape précédente, est quelque chose de psychophysique. Dans cette quatrième étape, la partie physique de l’expérience disparaît et l’on reste avec la partie purement émotionnelle de l’expérience de ravissement. Les impulsions physiques disparaissent, non pas parce que le ravissement diminue, mais parce qu’il a augmenté : il est allé au-delà de toute possibilité d’expression physique.

En dépendance du calme apparaît la félicité. Vous voyez comme nous allons loin. Nous avons commencé avec la joie, puis sommes passés au ravissement, et après une période de calme nous arrivons maintenant à la félicité. Nous avons un état de bonheur intense, qui représente l’unification complète de toutes nos énergies émotionnelles. Elles ne sont pas divisées, il n’y a ni brèche ni défaut, elles s’écoulent toutes ensemble en un grand courant, avec force et puissance, dans une seule direction. Ici, nous dit-on, il n’y a pas que la félicité, il y a la paix, l’amour, la compassion, la joie et l’équanimité. Il n’y a pas d’émotions négatives : pas d’avidité, pas de peur, pas de haine, pas d’anxiété, pas de culpabilité, pas de remords. Toutes les émotions négatives ont été purgées. Toute l’énergie que nous avions investie dans ces émotions négatives s’écoule maintenant positivement sous forme de félicité.

En dépendance de la félicité apparaît la concentration. Ce n’est pas la concentration dans le sens d’une fixation forcée de l’esprit sur un seul objet, mais la concentration dans le sens de l’unification et de l’intégration qui apparaissent très naturellement quand, dans cet état de bonheur intense, toutes nos énergies émotionnelles s’écoulent ensemble dans la même direction.

Cette étape est basée sur un principe très important : lorsque nous sommes complètement heureux, alors nous sommes concentré, dans le vrai sens. Nous pouvons donc dire qu’une personne concentrée est une personne heureuse et qu’une personne heureuse est une personne concentrée. Plus nous sommes heureux, plus nous sommes capable de rester concentrés longtemps. Nous trouvons difficile de rester concentré longtemps car nous ne sommes pas heureux dans notre état présent. Si nous étions réellement et vraiment heureux, nous resterions là, calme, appréciant ce bonheur. Mais nous ne sommes pas heureux, nous sommes insatisfait et nous nous agitons, à la recherche de quelque distraction.

Tout ceci est lié de façon très proche à notre pratique de la méditation. Nous savons que la méditation commence avec la concentration. Beaucoup d’entre-nous, cependant, trouvons la concentration très difficile. Nous la trouvons difficile simplement parce que nous ne sommes pas heureux. Nous sommes divisés ; nos énergies émotionnelles ne sont pas intégrées. Comme nos énergies émotionnelles ne sont pas intégrées nous ne pouvons pas nous concentrer, nous ne pouvons pas focaliser ces énergies en un seul point. Nous essayons donc de forcer notre esprit à se fixer sur ce point. Mais alors, toutes sortes de perturbations apparaissent et nous sommes distraits. Ainsi, la concentration est une chose qui concerne tout notre être, et pas seulement notre esprit conscient.

Il est très significatif que la concentration dans ce sens le plus élevé n’apparaisse qu’à cette étape du chemin : à mi-chemin. Cela nous montre l’importance de la préparation à la méditation. Nous ne pouvons pas simplement venir et nous asseoir et penser que nous pouvons méditer. Cela n’est pas possible. Si nous voulons vraiment méditer, nous devons passer par toutes ces étapes précédentes. Si nous avons fait tout cela, alors les exercices de concentration que nous faisons mettent juste la touche finale. Un grand nombre de personnes, cependant, n’ont aucune expérience de l’insatisfaction de la vie ; la foi n’est pas apparue, elles n’ont pas beaucoup d’expérience de la joie, elles n’ont sûrement pas beaucoup d’expérience du ravissement et du calme : elles sont juste dans leur état ordinaire, agité, insatisfait. Ce n’est que lorsque nous avons atteint cette étape du chemin que nous pouvons réellement et vraiment commencer à nous concentrer, car nos énergies émotionnelles ont été unifiées et, pour la première fois de notre vie peut-être, nous sommes heureux.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
necronomicon
Empereur
avatar

Nombre de messages : 635
Date d'inscription : 11/03/2005

MessageSujet: Re: II : La Révélation   Jeu 14 Juil - 17:22

En dépendance de la concentration apparaît la connaissance et la vision des choses telles qu’elles sont réellement. Une fois que nous sommes vraiment heureux et vraiment concentrés nous pouvons regarder les choses avec un esprit concentré, et commencer à voir les choses telles qu’elles sont réellement. Nous commençons à voir la Réalité. Cette étape est de la plus haute importance car c’est ici que se fait la transition de la méditation à la Sagesse, de ce qui est psychologique à ce qui est spirituel. Une fois que nous avons atteint cette étape il ne peut y avoir de rechute ; selon l’enseignement traditionnel, l’atteinte de l’Eveil est maintenant assurée.

En ce qui concerne l’existence conditionnée, cette connaissance et vision a trois aspects. Tout d’abord, elle consiste en une Vision pénétrante de la vérité selon laquelle toutes les choses conditionnées sont impermanentes : elles changent constamment, elles ne restent pas les mêmes pendant deux instants consécutifs. Deuxièmement, elle consiste en une Vision pénétrante de la vérité selon laquelle toutes les choses conditionnées sont, de façon ultime, insatisfaisantes. Elles peuvent nous donner du bonheur pendant un certain temps, mais elles ne peuvent nous donner de bonheur permanent : attendre cela d’elles est purement et simplement une illusion. Troisièmement, il y a une Vision pénétrante du fait que toutes les choses conditionnées sont insubstantielles, ou de façon ultime irréelles : non pas que nous n’en fassions pas l’expérience, non pas qu’elles ne soient pas là, pour parler de façon empirique ; mais quand nous en faisons l’expérience ce n’est que superficiel, cela ne pénètre pas dans les profondeurs mais reste à la surface, et pas vraiment réel.

Cette connaissance et vision représente une perception directe. Vous voyez vraiment à travers le conditionné. Non seulement cela, mais à travers le conditionné vous voyez jusqu’à l’Inconditionné. Perçant au travers de l’impermanence du conditionné, vous voyez la permanence de l’Inconditionné. Perçant au travers de l’insatisfaction venant du conditionné, vous voyez la nature ultimement satisfaisante de l’Inconditionné. Perçant au travers de l’insubstantiel, de l’irréel, vous voyez ce qui est éternellement Réel, ce qui s’appelle le dharmakaya, le Corps de la Vérité Spirituelle.

Quand votre concentration devient si intense qu’apparaît cette connaissance et vision des choses telles qu’elles sont réellement, que vous pouvez voir le conditionné dans sa vraie nature et que vous pouvez voir au travers du conditionné jusqu’à l’Inconditionné, alors toute votre perspective et votre attitude changent radicalement : vous ne pouvez pas être le même que vous étiez auparavant. C’est comme quand un homme voit un fantôme. Une fois qu’un homme a vu un fantôme il n’est plus jamais le même. Une fois que Hamlet, dans la pièce de Shakespeare, eût vu ce fantôme se glissant près des remparts, il ne fut plus le même homme. Il avait vu quelque chose appartenant à une autre dimension. De la même façon, ici, bien que dans un sens beaucoup plus positif, une fois que vous avez eu un aperçu qui n’est ni une spéculation, ni une idée, mais un véritable contact, une véritable « communication » de l’Inconditionné, de cette dimension plus élevée, alors vous ne pouvez plus être le même. Un changement permanent prend place dans votre vie.

En dépendance de la connaissance et de la vision des choses telles qu’elles sont réellement apparaît le retrait. Ceci est parfois traduit par « révulsion » ou « dégoût », mais cela est trop fort et trop psychologique. Cette étape particulière représente le retrait serein de l’implication dans les choses dont nous avons vu le caractère illusoire. Si nous avons vu le caractère illusoire de quelque chose, nous n’y sommes plus impliqués : nous nous en retirons. C’est comme voir un mirage dans un désert. Tout d’abord nous pouvons être très intéressé par ces palmiers et par cette oasis, et nous pouvons nous hâter dans leur direction. Mais dès que nous voyons que c’est un mirage et que ce n’est pas réellement là, nous ne sommes plus vraiment intéressé. Nous nous arrêtons et cessons de nous hâter dans cette direction.

Cette étape de retrait est un détachement. Vous jouez à tous les jeux auxquels jouent les autres gens, mais vous savez que ce sont des jeux. Un enfant prend son jeu très au sérieux : pour l’enfant, son jeu est la vie. Mais l’adulte, quoiqu’il puisse se joindre au jeu de l’enfant et jouer avec lui, sait que c’est un jeu. Si au cours du jeu l’enfant bat l’adulte, l’adulte ne s’en fait pas et n’est pas ennuyé, car ce n’est qu’un jeu. De la même façon, une fois que nous avons vu au travers des « jeux auxquels les gens jouent », nous pouvons continuer à jouer à ces jeux mais, sachant que ce ne sont que des jeux, nous nous en retirons. Il y a un retrait intérieur, même s’il n’y a pas de retrait extérieur ; nous faisons peut-être ce qui est objectivement nécessaire, mais subjectivement nous ne sommes pas pris par le jeu. C’est ce que signifie le retrait.

En dépendance du retrait apparaît la non-passion. Le retrait, l’étape précédente, est le mouvement de détachement de l’existence conditionnée. La non-passion représente l’état d’être établi dans le détachement. Dans cet état, aucune chose mondaine ne peut nous émouvoir. Tout peut nous arriver, mais nous ne pouvons pas réellement être dérangé. C’est un état d’imperturbabilité spirituelle complète. Ce n’est pas un état de dureté, comme une pierre, ou d’insensibilité, ou d’apathie « stoïque », mais un état d’imperturbabilité sereine, comme celui que montrait le Bouddha assis sous l’arbre de l’Eveil. À ce moment, nous dit-on, vint Mara, l’incarnation du mal, avec ses forces. Cette scène est souvent représentée dans l’art bouddhique. Mara est dessiné à la tête de son armée, avec des centaines de milliers de démons monstrueux jetant d’énormes rochers, crachant du feu et lançant des flèches sur le Bouddha. Mais le Bouddha n’y fait pas attention : il ne les voit même pas. Il est dans un état d’imperturbabilité complète. Quand toutes les flèches, toutes les pierres et toutes les flammes violemment lancées par ces foules de démons touchent le bord de l’aura du Bouddha, elles se transforment en fleurs et tombent sur le sol.

En dépendance de la non-passion apparaît la liberté. C’est la liberté spirituelle. De nos jours on parle beaucoup de liberté. Il semble que la plupart des gens pensent qu’être libre veut simplement dire faire ce dont on a envie. Notre conception de la liberté est très différente. Dans l’enseignement le plus ancien, la liberté a deux aspects. Il y a tout d’abord la liberté de l’esprit, qui est la libération complète de tout penchant subjectif, émotionnel et psychologique. Puis il y a la liberté de la sagesse, qui est la libération de toute vue fausse, de toute ignorance, de toute fausse philosophie, de toute opinion. C’est cette liberté spirituelle totale, la liberté du cœur et de l’esprit au sommet de sa propre existence, qui est le but et l’objet.

Cet état de liberté spirituelle complète, cette libération de toute chose conditionnée, voire, cette libération de la distinction même entre conditionné et Inconditionné, est l’objectif final.

En dépendance de la Liberté apparaît la connaissance de la destruction des asravas . Non seulement on est libre, mais on sait qu’on est libre. On sait qu’on est libre car on est libéré des asravas. Asrava est un de ces mots palis et sanskrits intraduisibles, voulant dire une sorte de poison mental qui envahit l’esprit. C’est un mot très expressif. Il y a trois asravas. Il y a le kamasrava, qui est le poison du désir de l’expérience vécue à travers les cinq sens. Puis il y a le bhavasrava, qui est le poison du désir de toute forme d’existence conditionnée, y compris, nous dit-on, du désir de vivre comme un dieu dans un ciel. Enfin, il y a l’avidyasrava, le poison de l’ignorance spirituelle. Quand ces poisons sont éteints, et que l’on sait qu’ils sont éteints, on dit que l’on est Eveillé : on est parvenu à la fin du chemin spirituel.

Ces douze étapes, de la souffrance jusqu’à la connaissance de la destruction des asravas, constituent le chemin spirituel, elles constituent aussi tout le processus de ce que nous appelons l’évolution supérieure. A partir de cette formulation, nous pouvons très facilement voir comment la vie spirituelle, dans sa totalité, est un processus naturel de croissance. Chaque étape successive du chemin est le produit du débordement, le produit de l’excès même, le produit de la prodigalité de l’étape précédente. Dès qu’une étape atteint sa complétude, elle passe inévitablement à la suivante. Nous trouvons aussi cela dans la méditation. Les gens demandent parfois : « Quand on atteint une certaine étape de la méditation, comment passe-t-on à la suivante ? » Eh bien, il n’y a pas besoin de poser cette question. Si vous atteignez un certain état et continuez à cultiver cet état, pour qu’il devienne plus parfait, entier et complet, alors de sa propre complétude, par son propre mouvement, il passera à l’état suivant. Quand vous rendez un état parfait, alors la transition vers un état de perfection plus élevé commence automatiquement. C’est ce qui se passe ici. L’étape suivante du chemin naît de l’étape précédente, lorsque cette étape précédente atteint un point de complétude. Nous ne devons pas vraiment nous préoccuper du pas suivant, de l’étape suivante. Tout ce dont nous devons nous préoccuper, c’est de l’étape présente. Cultivons-la. Nous pouvons avoir une idée théorique de l’étape suivante, mais ne nous en préoccupons pas trop. Une fois que l’étape présente est entièrement développée, elle passera automatiquement à la suivante. En développant, en cultivant complètement en nous toutes les étapes successives du chemin spirituel, nous atteindrons l’Eveil.

L’aube approche, il me faut vous quitter à présent. Suivez ce chemin et vous trouverez ce que vous cherchez, il n’y a rien de plus à ajouter.

Sur ces derniers mots, le vieux moine joignit les mains à hauteur de poitrine et salua le vampire. Puis il s’éloigna d’un pas paisible et quitta la bibliothèque. Jamais plus Necronomicon ne le revit.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: II : La Révélation   

Revenir en haut Aller en bas
 
II : La Révélation
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Délation anonyme
» Question sur révélation de caractéristiques
» Succès de Resident Evil: Révélation 2
» E7 - Mercure - La Révélation
» Aidez moi à trouver ce jeu s'il vous plait! ( nephilim)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum de Planetium :: Planetium RP - Sénata V :: La Grande Bibliothèque sur Sénata V-
Sauter vers: