Soranus regardait le groupe se désagréger lentement pour passer dans cette salle inconnue... Il n'était pas inquiet. Une épreuve pouvait à la fois être néfaste au début et bénéfique à sa fin. L'ange des Ténèbres se tenait debout attendant son tour. Ses yeux noirs scrutaient chaque mouvement autour de lui. Son ouie essayait de déceler un quelconque bruit provenant de la salle mais, rien ne filtra.
Doucement, il partit dans l'éther de son esprit. Tout, là-bas, était brumeux... Quelques images s'imposèrent à l'ange noir: Féronia, la marque de la rose noire de son omoplate droit, l'image floue d'une jeune femme qui le hantait depuis de longues années. Soranus erraient dans ses souvenirs puis, doucement il émergea...
Il regarda Machaon et lui lança un regard complice. La louve blanche semblait avoir un peu repris ses esprits. L'ange des ténèbres s'accroupit alors près de celle-ci et lui murmura dans le creux de l'oreille:
- Zaô... Zeteô tu... Hemera... Stéllä... (*)
La louve braqua alors ses grands yeux vers lui... ces derniers flamboyaient comme ceux de Soranus... Celui-ci s'avança vers la porte. En posant sa main sur la poignée de cette porte, il pensa "Illusion, peut-être... Transposition de ce que nous redoutons et craignons sans aucun doute...". Machaon entrerait en même temps que lui, Soranus l'avait décidé. La porte tourna lentement puis, la louve et l'ange entrèrent... le néant enveloppa d’abord la pièce puis, lentement, elle se transforma…
Doucement, un paysage apparut. Une ville entièrement blanche, Eolia la belle détentrice d’une multitude de mystères… Mais surtout, d’un secret particulier. Au milieu de ce lieu lumineux, on voyait une immense bâtisse surmontant la ville. Soranus regardait l’endroit où il se trouvait. Il le connaissait car, c’était là qu’il avait établi son nouvel empire mais, il sentait que ce n’était pas la même ville.
Quelque chose le dérangeait… Il regarda Machaon. La louve regardait fixement la bâtisse du centre puis, elle se mit à avancer seule jusqu’à ce que Soranus murmure de nouveau :
- Zaô... Zeteô tu... Hemera... Stéllä... (*)
La louve s’arrêta instantanément, elle avait repris ses esprits une nouvelle fois. Soranus se mit juste à côté d’elle… Il regarda la bâtisse et fit un signe affirmatif. Soranus se rendit alors compte que bizarrement, il ne portait plus sa longue tunique mais ses habituels habits noirs et une cape rouge sang. Il avait aussi pris sa «vraie » forme. Trois ailes noires dans le dos, ses yeux et ses cheveux encore plus noirs qu’auparavant. Il déploya alors ses ailes et s’envola vers la bâtisse après avoir pris la louve dans ses bras…
Rapidement, il arriva là-bas. Il posa Machaon et observa. Sur sa gauche, il avait entrevu plusieurs ombres se mouvoir… Mais, c’était impossible à qui ces ombres étaient. L’ange avança vers la porte et la poussa. La louve blanche le suivait mais, elle grognait… Cela ne présageait jamais rien de bon. La porte se ferma avant que la louve puisse entrer… Cette, dernière devrait vaincre seule dehors son épreuve tandis que Soranus serait à l’intérieur à lutter contre ces barrières invisibles qui se dressaient devant lui. Il savait ce qui l’attendait.
Dans la pièce, tout était sombre, rien ne bougeait, pas un bruit, pas un murmure, pas un signe… L’ange s’avança lentement sans faire de bruit tout en scrutant l’environnement. Il passa devant divers meubles clairs en bois, devant une table où se trouvaient des roses d’un rouge sang. Alors, il les vit. Elles étaient toutes deux là.
Soranus sentit un frisson parcourir sa nuque. Cette fois, il n’avait pas droit à l’erreur. Il regarda d’abord sa sœur. C’était bien elle même si elle ne lui ressemblait pas… Féronia avec ses vêtements blancs... C’était sa sœur comme il se souvenait d’elle juste avant… avant… Soranus arrêta là ses pensées. Il regarda un dernière fois sa sœur en sentant son aura familière puis, il tourna son regard vers l’autre femme. Elle portait une longue robe noire fine et son visage était caché mais l’ange savait même s’il ne l’avait pas encore rencontrée. C’était elle.
Soranus était là sans bouger comme coller au sol. Il savait qu’il devait avancer mais, ici, il était avec ceux qu’il aimait plus que tout au monde. L’ange des ténèbres hésitait mais, il s’arracha à ses pensées contraires à sa mission et se mit à bouger. Il marcha jusqu’aux deux femmes, les dépassa puis, il entendit un bruit. Il ne put s’empêcher de se retourner. La deuxième femme parla :
- Soranus, attend… Pour mon amour, je t’en conjure, reste encore…Soranus ne savait que faire… Il resta là. Puis, au détour d’un couloir, on put voir une petite silhouette, celle d’un enfant. Les ailes noires de Soranus frémirent et, ce dernier se retrouva rapidement à genoux sur le sol, la tête dans les mains. Non, on n’avait pas osé ? L’utiliser comme épreuve… Non !
Soranus s’obligea alors à relever sa tête. Devant lui se trouvait toujours l’enfant. Ce dernier avait deux grands yeux noirs et des cheveux de la même couleur et surtout, il ressemblait comme deux gouttes d’eaux à Soranus qui murmura :
- mon fils…L’enfant sourit alors… L’ange des Ténèbres était dérouté que fallait-il faire ? Il ne pouvait pas laisser son fils ici ? C’était de son devoir de rester. Puis, lentement, l’ange regarda la pièce comme s’il essayait de trouver une réponse à cette question. Son regard se posa sur la rose et il se rappela ces paroles : « Féronia, Soranus, vous les deux seuls jumeaux de Pyrame, toujours fiez vous à la rose ». C’était maintenant que cela prenait enfin du sens. La rose était rouge comme le sang et donc, si Soranus ne décampait pas, il ne sortirait jamais vainqueur de l’épreuve…
Soranus cogitait toujours et le déclic fini par se faire. Devant lui se tenaient trois personnes et chacune était un symbole en quelque sorte. Féronia représentait les souvenirs, les liens familiaux, le passé lié à leurs vies antérieures… la femme voilée représentait l’amour, la seule femme qu’il aimerait jamais et qu’il n’avait pas encore trouvé, l’avenir plutôt proche… L’enfant représentait l’avenir plus lointain, le bonheur d’être père, la transmission d’un héritage culturel et intellectuel de la part de Soranus… l’ange savait que ce n’était qu’illusion mais il ne pouvait s’en détacher.
Mais, pour finir, il se résolut à se lever puis, il marcha. Il entendit trois voix s’élever pour essayer de le retenir mais Soranus ne broncha plus. Le premier pas était fait vers la sortie de ce rêve si beau et si doux mais irréel. L’ange sortit de la pièce et alors, l’épreuve prit fin. Soranus marchait vers la porte quand il vit Machaon en train de courir vers lui. L’ange se baissa, tendit sa main vers la louve et lui donna quelque coup sur le crâne de manière assez affectueuse. Il lui dit alors doucement :
- Alors, j’espère au moins que je n’ai pas parlé à deux fois Pyramien pour rien…L’ange faisait allusion aux deux phrases dites précédemment et qui avaient réussi à rendre à la louve ses esprits. Soranus tomba alors nez à nez avec Archane allongée sur le sol. Il ramassa alors la jeune fille et se dirigea vers les autres qu’il venait de repérer. Il déposa la jeune femme à côté de ceux qui étaient aussi inconscients…
Il vit alors Eragon et Van Fanel bien éveillé. Le roi de Fanelia était en train de concocter des mixtures à base de plante. L’ange prit alors la parole. Sa voix était encore plus sombre, plus dure, plus tranchante qu’avant :
- Van, je ne crois pas que cette mélasse ferra un effet quelconque sauf sur les blessures superficielles comme celles de Minas... Ils sont aux prises avec leurs subconscients pas avec un quelconque ennemi...Nous ne pouvons rien faire à part espérer…L’ange jeta un coup d’œil à van qui venait d’ouvrir la bouche pour parler mais, il le coupa :
- je sais, je sais… Il y a les voies de l’esprit mais, chacun doit vaincre seul son épreuve…Machaon s’avança vers chacun des inconscients et à chaque fois les regarda d’une façon assez étrange.
La colère de Soranus faillit éclater, personne ne sait pourquoi mais, lorsque la louve revint à ses pieds, il redevint calme… Il fallait attendre, attendre que tous aient réussi cette épreuve fasse à eux-mêmes, face à leurs peurs, leurs phobies…
(* Je vis... Je te cherche... La Lumière... L'Etoile... )
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